Richard AndrŽ

 

 

 

 

CHïMEUR : POURQUOI ?

 

Des artisans de la civilisation

qui s'ignorent

 

 

 

 

"La vŽritŽ dŽgagŽe de toute chose est la puissance

qui installe la paix dans les cÏurs"

AndrŽ Karquel - PrŽmices d'une civilisation nouvelle


 

PRƒAMBULE

 

 

 

L

 

e ch™meur se sent actuellement comme emprisonnŽ dans un vaste labyrinthe trs sombre. Puisqu'il y est entrŽ, il se dit qu'il lui est possible d'en sortir, car la sortie existe comme l'entrŽe ; du moins l'espre-t-il. Ce qu'il ne sait pas nŽcessairement, bien que certains le pressentent obscurŽment, c'est que ce labyrinthe possde deux issues. L'une est la mme que celle par laquelle il est entrŽ ; l'autre demeure cachŽe.

Il dŽambule donc dans ce labyrinthe, parfois depuis des annŽes, en Žvitant ˆ tout prix de tomber dans les oubliettes o manque l'essentiel ˆ la vie ; et fr™lant les puits des tentations qu'il ne peut plus s'offrir. Il craint d'tre retenu par un ge™lier invisible et effrayant qui le prive ˆ jamais de sa libertŽ. Parfois il s'arrte et s'assied, attendant en silence. Il ressent la solitude pesante qui s'abat sur ses Žpaules. Mais comme il fait presque nuit, il ne discerne pas les autres ch™meurs qui s'y trouvent en sa compagnie ; il sait seulement qu'ils sont lˆ, quelque part. Il ne voit pas non plus d'autres ombres furtives : les nombreux salariŽs qui, sans le savoir, sont venus le rejoindre, tout en continuant leurs besognes ! Le ch™meur de plus en plus fatiguŽ continue ˆ chercher dŽsespŽrŽment la sortie qui se dŽrobe continuellement ˆ sa vue. Parfois une faible lueur l'entra”ne dans une voie qui n'est sŽparŽe de l'air libre que par une infime muraille. Las ! il doit rebrousser chemin, car ce n'est qu'une impasse. Et les ramifications du labyrinthe se multiplient ˆ l'infini comme un jeu de dupes o il s'enfonce toujours plus pesamment. Il court, de plus en plus agitŽ, aux quatre points cardinaux.

Finalement, il se demande comment trouver cette sortie ? Il existe toujours un plan et une boussole pour sortir d'un dŽdale. D'abord son bon sens et sa raison sont les meilleurs moyens pour Žviter les piges des idŽes trompeuses l'entra”nant vers d'interminables issues factices. Leur fatras obstrue parfois la bonne voie. Mais en procŽdant avec mŽthode et pragmatisme, il peut en venir ˆ bout. Pas sans effort cependant ; et il est dŽjˆ bien dŽcouragŽ. Alors, en tendant sa pensŽe crŽatrice, avec rŽsolution, il peut nŽanmoins chercher ˆ imaginer comment sont ces deux sorties. Ce faisant il s'aperoit qu'il ne ressent presque plus sa douleur qui s'estompe. Le travail passionnant qu'il effectue en pensŽe le galvanise. Il retrouve l'Žnergie de continuer ˆ chercher son chemin, avec la certitude cette fois de le trouver, puisqu'il en est le dessinateur, ou peut-tre mme bien l'artisan qui ouvre une nouvelle voie !

C'est en suivant cette dŽmarche scientifique, illustrŽe par le cheminement imaginatif dans un labyrinthe, que nous proposons au lecteur de pŽnŽtrer en sa compagnie dans le domaine si Žnigmatique du ch™mage. Et de tenter de dŽcouvrir ensemble les rŽponses aux questions restŽes jusqu'ici sans rŽponse satisfaisante.

 

***

 


INTRODUCTION

 

CHïMEUR : POURQUOI ?

 

 

 

 

 

 

 

 

en devenant futurologueË la mŽmoire de l'explorateur Francis MAZIéRE qui soulignait que la misre humaine ne doit jamais faire l'objet d'un spectacle ; et du journaliste Robert JUNGK qui avait compris le POURQUOI de la chose en devenant futurologue .

 

 

 

PRƒAMBULE.

Introduction. CHïMEUR : POURQUOI ?

Ce texte s'adresse ˆ tous ceux qui souffrent du ch™mage. Cette douleur est-elle Žvitable ? Comment ? S'il y a souffrance, n'y a-t-il pas d'abord maladie ? Une minoritŽ silencieuse ? Quelle place est rŽservŽe aux ch™meurs dans ce destin historique ? Comment est nŽe cette rŽflexion sur le ch™meur ? Propos sur la mŽthode. Peut-tre faut-il s'interroger un instant sur le sens profond du mot travail ? Cette rŽflexion fournit-elle des solutions pour retrouver du travail ? Par quel bout aborder une rŽflexion sur le ch™mage ? Le ch™mage na”t-il dans l'entreprise ?

 

 

C

e texte s'adresse ˆ tous ceux qui souffrent du ch™mage.

C'est une tentative pour apaiser la conscience douloureuse accompagnant cette maladie de la sociŽtŽ. Elle suscite une immense interrogation non-dite.

                  De quelles douleurs parlons-nous ? Avant de nous pencher dessus, soyons prudents. Soigner une plaie ravive d'abord la douleur. Le lecteur peut ressentir la longue litanie introductive qui va suivre, comme intolŽrable. Une certaine agitation mentale peut produire quelques rŽactions violentes. La position impartiale d'observateur qu'il pourra prendre avant de regarder la rŽaction chimique qui risque Žventuellement de se produire ˆ cette lecture lui Žvitera les projections acides ! S'il ressent quelque chose, en lui-mme, il n'en mesurera que mieux le dŽg‰t que cette Žnergie latente peut faire dans tout un peuple. S'il ne ressent rien, c'est sans doute que cette prise de conscience est dŽjˆ sienne.

Prt pour l'expŽrience ? Alors, observons les facettes de ce sentiment douloureux.

 

Douleur de l'humiliation. Douleur d'tre niŽ par la collectivitŽ. Douleur de "castration" de son ego. Douleur d'Žcrasement de sa sensibilitŽ. Douleur de l'extŽnuante recherche d'emploi. Douleur des entretiens d'embauche laminants. Douleur des contr™les administratifs perus comme stupides et incohŽrents. Douleur des tonnes de refus. Douleur d'tre rŽduit ˆ tricher en lŽgitime dŽfense. Douleur de descendre dans le monde souterrain des fraudeurs. Douleur des rancÏurs. Douleur du dŽcouragement face ˆ la futilitŽ des actions. Douleur due ˆ l'insensibilitŽ des crŽanciers privŽs. Douleur rŽsultant de la fŽrocitŽ des crŽanciers publics. Douleur de perdre inexorablement ses biens. Douleur de ne plus avoir de toit. Douleur de la prŽcaritŽ. Douleur de l'exclusion. Douleur de la dŽchŽance. Douleur du dŽsespoir. Douleur face ˆ l'avenir qui s'effrite. Douleur de l'incomprŽhension de ce qui arrive. Douleur du NŽant.

Douleur des jeunes de ne pas pouvoir accŽder au monde du travail. Douleur du rejet par les adultes. Douleur due ˆ l'hostilitŽ des fonctionnaires. Douleur due ˆ l'incomprŽhension des syndicats. Douleur due ˆ la fuite des responsables ŽpouvantŽs. Douleur du rejet par les proches. Douleur de voir l'Žgo•sme des amis qui jugent et s'Žcartent. Douleur de la solitude. Douleur du Vide qui s'installe insidieusement. Douleur des maladies qui peuvent en rŽsulter. Douleur de la dŽpression qui s'abat. Douleur de l'anxiŽtŽ qui taraude. Douleur de la fin personnelle qui se profileÉ

Douleur de cette blessure qui ne se referme plus, mme aprs avoir retrouvŽ un emploi. Douleur de ne plus tre pareil. Douleur d'tre marquŽ au fer.

 

M

ais aussi douleur de cette anxiŽtŽ qui enrobe tout une population comme un brouillard impŽnŽtrable.

Douleur diffuse et inconsciente de la culpabilitŽ. Douleur du travail forcŽ. Douleur d'un travail sans joie. Douleur de la peur d'tre un jour ch™meur ˆ son tour. Douleur des familles emportŽes par cette exode immobile. Douleur sourde de l'enfermement dans un Žgo•sme faussement protecteur. Douleur de ceux qui se donnent une fausse bonne conscience de ne rien faire. Douleur de ceux qui s'agitent inutilement en croyant agir efficacement. Douleur morale des intellectuels impuissants ˆ penser pratiquement la Civilisation en gestation. Douleur des dŽbrouillards inconsciemment fautifs. Douleur des nantis de ne pouvoir sereinement profiter de leurs acquis. Douleur des protŽgŽs qui perdent leurs privilges. Douleur de ceux dont la prŽretraite camoufle le ch™mage, et qui sont privŽs des vrais honneurs pour bons et loyaux services. Douleur des retraitŽs qui craignent pour leur pension. Douleur de l'‰me de tous les exploiteurs des ch™meurs, criminels ou ˆ la frontire de la lŽgalitŽ, qui se coupent de la fraternitŽ humaine.

Douleur des politiques impuissants ˆ rŽduire la fracture. Douleur des gens de mŽdia qui tournent en rond dans un obscur dŽdale mental, en qute de sens. Douleur des chefs d'entreprises qui voient leurs bŽnŽfices fondre, ˆ mesure que le pouvoir de consommation s'amenuise. Douleur des grands spŽculateurs financiers qui atteignent les confins sidŽraux d'une terrible pensŽe isolŽe. Douleur de ces rois mourants, dont le royaume devient peau de chagrin

Douleur de l'Žconomiste de ne pas tre ŽcoutŽ et entendu. Douleur de l'intellectuel qui ne comprend pas o va le monde. Douleur du matŽrialiste qui assiste ˆ l'Žchec de ses croyances. Douleur de l'homme d'Žglise impuissant qui ne peut offrir comme toute rŽponse que l'insoutenable souffrance rŽdemptrice. Douleur du spiritualiste torturŽ par le Doute.

Douleur de tous ceux dont la parole pour le ch™meur ne renvoie qu'un Žcho de solitude.

Douleur du futurologue qui a le sentiment de prcher dans le dŽsert. Douleur des bonnes volontŽs en face de l'ŽnormitŽ de la t‰che. Douleur des ‰mes compatissantes.

 

Douleur d'un vieux monde dont l'agonie s'accŽlre. Douleur de l'enfantement d'une Civilisation nouvelle mais incertaineÉ

Consciemment et inconsciemment, le raz-de-marŽe du ch™mage n'Žpargne finalement aucune conscience.

Il est de ce fait facile de parler du ch™mage, car tout le monde est concernŽ ; et compliquŽ, car les angles de vue des uns ou des autres sont diffŽrents, parfois jusqu'ˆ tre antagonistes. Et curieusement, il est difficile de penser ce sujet au-delˆ des terres connues. Car les idŽes prŽconues et convenues font Žcran.

 

Ë partir de la constatation de ce gigantesque g‰chis apparent, nous pouvons nous demander : pourquoi en sommes-nous arrivŽs lˆ ? Pourquoi faire, tout ce ch™mage ? Pourquoi tant de silence autour des causes profondes, alors que s'Žgrne le tic-tac des statistiques mensuelles de l'emploi ou du ch™mage ? Pourquoi les explications Žconomiques ne nous convainquent-elles pas vraiment ? Pourquoi

 

C

ette douleur est-elle Žvitable ? Comment ?

Dans bien des cas, pas dans tous, on peut constater que les licenciŽs, une fois la surprise dŽsagrŽable passŽe, Žprouvent surtout un soulagement, mme s'ils n'osent pas toujours en parler ouvertement. La douleur vŽritable ne vient que progressivement. Et puis, pour ceux qui retrouvent un emploi salariŽ, la douleur continue ˆ sourdre insidieusement. Il y a lˆ un renseignement sur la nature de cette douleur.

L'anxiŽtŽ et la peur, ŽvacuŽes dans une premire phase, ressurgissent ensuite. Elles sont ˆ la source de cette douleur morale, accentuŽe par l'intellect.

La parole inconsidŽrŽe, en stimulant sans cesse la plaie, ne fait qu'aggraver le mal. Seule la comprŽhension profonde du pourquoi rŽel du drame a quelque chance de favoriser la guŽrison. C'est par l'Žclairage objectif et crŽatif qu'un soulagement peut intervenir ; pas par l'Žlaboration de solutions ingŽnieuses mais extŽrieures. Cela prend du temps !É Mais la tentative en vaut certainement la peine.

 

Cet Žclairage peut se faire s'il y a une Žcoute approfondie et objective des autres, de tous les autres. Particulirement des ch™meurs que l'on condamne pour quelque raison que ce soit. Mais aussi de leurs interlocuteurs non-ch™meurs, aussi agressifs ou passifs soient-ils. Cet Žclairage peut parvenir ˆ notre conscience si nous savons ressentir en nous-mme les rŽsonances des arguments, des mots. Et si nous ne cŽdons pas aux chants des sirnes, que des slogans subtils et des sophismes promettant toujours plus de bien-tre sans procurer de mieux-tre, distillent.

Ces conditions ne sont malheureusement pas favorisŽes par les habitudes du dŽbat conflictuel, l'affirmation des fausses certitudes, le papillonnage d'une idŽe ˆ l'autre, le centrage de tous les dŽbats sur les valeurs sŽparatives ŽmotionnellesÉ Le tout influencŽ de plus, inconsciemment, par une lame de fond intŽgriste sortie d'on ne sait quel Moyen age et qui insidieusement vibre en phase avec la volontŽ de pouvoir des individus et des groupes civilisŽs. Il faut donc au lecteur beaucoup d'empire sur lui-mme, et de patience, pour entrer dans le labyrinthe de cette plaie de la fin du sicle et chercher ˆ comprendre le mŽcanisme profond du ch™mage.

S

'il y a souffrance, n'y a-t-il pas d'abord maladie ?

Comprendre une maladie, c'est dŽjˆ ™ter le poids de l'inquiŽtude inutile qui l'accompagne ; et permettre ensuite de bien choisir les remdes. Appliquer des remdes inadŽquats, de manire dŽsordonnŽe, ne fait qu'empirer les choses.

La maladie est dŽfinie comme un Žtat de disharmonie. Disharmonie entre l'Žtat sain et malade diront les uns ; entre l'esprit et le corps, diront les autresÉ Peu importe la voie que l'on emprunte, les deux aboutissent ˆ la mme conclusion : il y a deux p™les ˆ rŽconcilier. Ce qui faisait dire au Professeur TrŽmolire, ce grand nutritionniste intuitif, il y a une trentaine d'annŽes ˆ la tŽlŽvision : "La mŽdecine a appris ˆ soigner le corps, mais elle a oubliŽ de soigner l'‰me" !

N'en est-il pas de mme avec cette maladie que reprŽsente le ch™mage, au niveau de tout un corps social ? On s'acharne ˆ appliquer des mŽdecines somatiques, c'est-ˆ-dire uniquement physiques, mŽcanistes, en oubliant que l'Homme, homme ou femme, est au cÏur de cette disharmonie, et rŽclame autre chose. On ignore ses plaintes les plus sourdes, ses sympt™mes les plus discrets ; mais leurs causes ne sont pas les moins nocives. Ce parallle avec la maladie n'est pas anodin, car de lˆ dŽcoule une attitude concrte concernant la manire d'aborder le ch™meur dans sa TotalitŽ. Et aussi le salariŽ, qui dans bien des cas n'est peut-tre qu'un malade en sursis.

Lors d'une maladie, la souffrance ne devrait plus tre tolŽrŽe !É

De mme que les dŽtenteurs des pouvoirs mŽdicaux et lŽgislatifs s'opposent encore avec un acharnement incomprŽhensible au traitement efficace de la douleur, avec l'assentiment complice d'une certaine opinion publique trompŽe, de mme laisse-t-on souffrir les ch™meurs sans qu'aucun apaisement ne soit vŽritablement apportŽ aux souffrances morales, en attente de leur fournir un emploi. La sociŽtŽ se comporte comme s'ils devaient tre punis une seconde fois du malheur dont ils ne sont pas responsables !É Leur en voudrait-elle pour quelque obscure raison ?É Existerait-il des tabous impossibles ˆ lever ?

De mme que les mŽdicaments efficaces contre les grandes douleurs sont connus depuis bien longtemps, mais utilisŽs par de trop rares spŽcialistes de pointe, de mme Žtouffe-t-on dans les non-dits les remdes efficaces ˆ nombre de situations critiques auxquelles se heurtent les ch™meurs. Et ce n'est pas une question de moyens financiers !

 

Pour guŽrir du ch™mage, ne faut-il pas commencer par rŽsister, sans violence mais rŽsolument, ˆ toutes ces conceptions erronŽes qui dressent un mur entre les tres et les empchent de voir clair ? Car la lutte contre le ch™mage, c'est avant tout un haut fait individuel de RŽsistance contre des idŽes fausses. Ces idŽes qui s'insinuent dans notre conscience et hypnotisent notre libre arbitre. RŽsistance contre tout ce qui s'oppose au travail comme moyen d'Žvolution harmonieux de l'homme. RŽsistance contre ce qui asservit ˆ de fausses valeurs ; celles qui gonflent artificiellement l'orgueil du personnage. Contre tout ce qui fait du travail un but et non un moyen.

La force de l'opinion vient ˆ bout de tous les totalitarismes, comme nous le prouve notre histoire contemporaine. Pourquoi n'en serait-il pas de mme concernant l'hŽgŽmonie de certains comportements entra”nant des dŽrglements socio-Žconomiques ? Soyons donc certains que la rŽvision de nos modes de pensŽe sur le ch™mage, avec luciditŽ, aura raison des idŽes fausses qui le font inutilement perdurer pour des profits illusoires. La course au profit a une raison d'tre subtile malgrŽ tout, et il est stŽrile de se battre directement contre ses partisans acharnŽs. Aussi contentons-nous de comprendre d'abord ses effets nocifs sur le ch™meur.

Les thses avancŽes provoqueront-elles le scepticisme, le rejet ? Ou bien Žveilleront-elles un Žcho, mme infime, au trŽfonds de nous-mmes ?É Parviendront-elles ˆ remettre en cause le fatalisme et les fausses idŽes emprisonnantes ?É

Ces analyses non convenues, souvent paradoxales mais non provocatrices, pourront choquer certains esprits ! Mais les esprits scientifiques, ou simplement curieux, iront vŽrifier par eux-mmes les faits, pour voir s'ils ne contiennent pas une part de vŽritŽÉ Et une porte d'entrŽe harmonieuse sur les temps ˆ venir.

Ces idŽes de douleur, de maladie, d'Žclairage du ch™mage sous un autre angle, et d'autres qui sont explicitŽes au cours de cette rŽflexion, sembleront ˆ premire vue bien intellectuelles et inutiles au regard de la nŽcessitŽ vitale de retrouver un emploi ! Mais posons-nous un moment au bord du chemin de la vie. Calmons un instant le besoin essentiel d'argent et la peur insoutenable de ne plus en avoir suffisamment. Regardons aussi paisiblement qu'il est possible notre propre histoire. Faisons le bilan de ce dont on Žtait fier et qui a encore un sens aujourd'hui ; de ce qui apportait des satisfactions et qui ne pourra plus jamais procurer le mme plaisirÉ Alors nous retrouverons peut-tre, ne serait-ce qu'un instant, l'espoir d'un renouveau, qui ira bien au-delˆ d'un simple emploi.

 

 

U

ne minoritŽ silencieuse ?

Certains ont opŽrŽ cette transformation. Mais la parole leur est trs rarement, sinon jamais, donnŽe. Un peu comme si la sociŽtŽ tout entire Žtait ŽpouvantŽe ˆ l'idŽe de devoir remettre en cause un quelconque aspect sacrŽ du travail. Elle semble se liguer pour faire taire ceux qui pensent autrement les concepts surannŽs, croyant les entendre faire l'apologie de la dŽcadence. Mais sans comprendre que ce n'est pas le travail qui doit cesser et que nous ne devons pas dŽboucher sur une civilisation des loisirs, comme ces dernires dŽcennies ont crŽŽ ce mirage. Mais qu'au contraire c'est une rŽhabilitation de la valeur profonde et humaine du travail qui est en train de s'opŽrer sous nos yeux closÉ Dans la douleurÉ Au lieu d'opŽrer en toute conscience, dans le confort ! Cette minoritŽ qui voit le travail selon sa vraie signification n'est pas plus ŽpargnŽe que la majoritŽ des ch™meurs. Son statut financier reste souvent aussi prŽcaire, sinon dramatique. L'opprobre muet de la sociŽtŽ au travail continue ˆ la dŽsigner du doigt. Et malheur ˆ elle si elle ose faire entendre une voix diffŽrente au sujet du ch™mage.

En revanche la parole est largement donnŽe aux tenants des solutions Žconomiques surannŽes.

Parfois aussi, Žpisodiquement ˆ quelques exclus. Mais dŽvoiler de telles situations dramatiques n'a qu'un mince effet pŽdagogique. Le spectateur s'accoutume ˆ une ambiance de scandale et finit par se faire une raison !

Notre sociŽtŽ comprend-elle profondŽment le drame qu'elle est en train de vivre ? Ou bien ces spectacles ne nous apportent-ils qu'un peu plus de colre, de confusion et de dŽsespoir ? Des solutions durables ont-elles ŽtŽ trouvŽes ˆ ce jour ? La souffrance du ch™mage a-t-elle diminuŽ, alors qu'on annonce la reprise de l'Žconomie ? Pour un gagnant qui s'en sort, combien gisent dans l'obscuritŽ, sans rŽconfort ?

N'a-t-on pas plut™t besoin de raisons d'espŽrer une autre SociŽtŽ, que de leons de courage et de morale, ou d'annonces de faux espoir ?

L'analyse faite ici n'est pas en opposition avec la continuation d'une recherche pratique d'emploi et de solutions aux difficultŽs, surtout d'ordre financier. C'est un accompagnement indispensable pour retrouver l'Harmonie et la Joie de vivre, que les solutions prosa•ques n'apportent pas souvent. L'emploi seul ne suffira pas, ˆ terme. Le concept mme d'emploi salariŽ tel qu'il existe encore aujourd'hui n'est-il pas dŽjˆ obsolte ? Le travail, lui, restant ŽternelÉ

 

Q

 

uelle place est rŽservŽe aux ch™meurs dans ce destin historique ?

Sont-ils les "sacrifiŽs d'une gŽnŽration" comme le disent inconsidŽrŽment certains ? Ce sacrifice serait-il inutile ? Ou bien un Dessein estompŽ organiserait-il toutes ces forces : pour que cessent des injustices ; pour rŽtablir un sens aux activitŽs, rŽmunŽrŽs ou non ; pour rŽtablir la primautŽ de l'Homme sur des formes de fausse rentabilitŽ, oppressante et stŽrile ; pour rŽinsŽrer les individus dans un monde qui bannira l'exclusion ?É Les ch™meurs seraient-ils enr™lŽs malgrŽ eux dans une armŽe de RŽsistants ? Ou encore, savent-ils confusŽment qu'ils sont des artisans d'un autre genre ; rompant avec de fausses valeurs Žconomiques, sociales et humaines ? C'est ce que nous allons chercher ˆ comprendre plus prŽcisŽment dans les pages qui suivent.

Soyons clairs : il n'y a aucun bouc Žmissaire ˆ rechercher. Mais seulement les raisons d'un destin commun aux ch™meurs et aux non-ch™meurs ; dont les plus favorisŽs en apparence ne jouent pas nŽcessairement le r™le le plus facile. Il est parfois relativement plus simple de vivre dans des conditions extrmes, mme si elles sont plus douloureuses, que de craindre pour des richesses ou des certitudes qui peuvent se dissiper jour aprs jour. Ce destin n'est-il pas de construire ensemble la nouvelle Civilisation du XXIe sicle ? Civilisation qui, selon l'expression d'AndrŽ Malraux lorsqu'il Žtait Ministre de la Culture, devrait tre mŽtaphysique ! Les esprits mystiques ont entendu religieux ; les pragmatiques, prŽfŽreront comprendre ƒthique primant sur l'Žconomie. Ne se rejoignent-ils pas tous par cette primautŽ donnŽe ˆ la libertŽ de l'Homme sur les thŽories ? Les systmes sont utiles un temps, mais deviennent rapidement aliŽnants. Ils doivent sans cesse tre dŽpassŽs.

C

omment est nŽe cette rŽflexion sur le ch™meur ?

D'abord en expŽrimentant personnellement le ch™mage, sur ce dernier quart de sicle, ˆ ses trois principales Žtapes : ˆ l'entrŽe dans la vie active, en plein milieu de carrire, et enfin lors d'une rŽorientation professionnelle. C'est en Žcoutant les ch™meurs ˆ qui j'offrais un emploi, dans les entreprises en mutation o je travaillais ; ou en Žchangeant sur le mme banc que ces compagnons d'infortune, selon les Žpoques, que le sens du drame s'est lentement dŽgagŽ. Aprs de longues annŽes d'interrogation.

Cette rŽflexion a ŽtŽ stimulŽe par le vide paradoxal des explications officielles.

Les lectures courantes, les Žmissions radiophoniques, les dŽbats tŽlŽvisŽs, les discours des professionnels et responsables concernŽs par le ch™mage, malgrŽ un dŽsir de bien faire, apportent au ch™meur beaucoup de dŽsillusion et d'irritation. Au chercheur en revanche, la matire est inŽpuisable, s'il la contourne pour observer sa face cachŽe. Mais lˆ n'est pas la prŽoccupation habituelle du demandeur d'emploi !

J'ai voulu savoir pourquoi le ch™mage grandissait sans qu'aucune mesure ne l'endigue. pourquoi une partie des citoyens en repoussait une autre. pourquoi la conscience d'un clivage ou d'une fracture devenait si aigu‘. pourquoi l'avenir semblait obscurci sans qu'aucune explication ne l'Žclaire. pourquoi la seule rationalisation Žconomique avancŽe comme cause du ch™mage semble si artificielleÉ Comme il n'y avait aucune rŽponse satisfaisante, je me suis mis ˆ chercher. Ma formation scientifique m'y a sans doute aidŽ. Mais au-delˆ des explications, c'est la guŽrison de cette douleur morale qui est visŽe.

 

Cette recherche sur ces terres inconnues devient possible si nous reconnaissons qu'un moment historique de grande opportunitŽ para”t poindre ˆ l'horizon proche. Avec lui s'amplifie l'espoir de sortir de l'impasse des antagonismes sociaux. Et de trouver les remdes qui s'ensuivront, concernant le ch™mage.

 

Enfin, une constatation trs simple et paradoxale est le noyau de cette analyse :

 

"Le ch™meur est un artisan de la civilisation, qui s'ignore."

 

OLe ch™meur ignore qu'il travaille d'une certaine manire pour le bien de tous, parce que personne ne le reconna”t. Et la sociŽtŽ l'ignore, parce que le ch™meur reprŽsente une force de progrs considŽrable mais angoissante. Si les consŽquences de ce fait ŽlŽmentaire, qui est bien plus qu'une simple idŽe, sont correctement analysŽes par suffisamment d'individus, les solutions harmonieuses couleront de source ! C'est tout l'espoir de ce travail et la raison de l'effort d'analyse et de synthse qui va se dŽployer.

Le problme du ch™mage, et de la fracture sociale qui l'accompagne, commencera certainement ˆ se rŽsoudre le jour o cette observation essentielle sera intŽgrŽe dans la conscience du plus grand nombre.

De plus, "l'ennemi" auquel le ch™mage rŽsiste, en synergie avec la conscience professionnelle du salariŽ, est le mme ˆ l'Ïuvre dans les autres fractures de la sociŽtŽ. C'est l'esprit de division. En le dŽbusquant ici, on aide ˆ le faire dispara”tre Žgalement lˆ.

 

 

P

ropos sur la mŽthode.

Ce travail est celui d'un simple citoyen, libre de toute appartenance, de quelque nature soit-elle, n'acceptant pour guide que la seule dŽmarche scientifique. C'est dans ce mme esprit de calme indŽpendance que le lecteur est invitŽ ˆ observer les ŽlŽments qui lui appara”tront essentiels pour comprendre, dans le fond, le sentiment douloureux crŽŽ par le ch™mage et la raison du clivage entre ch™meurs et non-ch™meurs. Chacun pouvant constater ˆ quel point il est difficile de discuter de cette question au-delˆ des idŽes habituelles, une mise ˆ plat sans a priori des facteurs humains s'avre essentielle. Elle facilitera l'analyse et la confrontation avec chaque expŽrience personnelle propre, de ch™meur ou de non-ch™meur. Chacun pourra se forger ainsi sa propre idŽe originale sur des bases pragmatiques.

Nous Žtudierons les causes endognes du ch™mage, c'est-ˆ-dire en tentant de comprendre les mobiles des tres et les effets profond du ch™mage sur la conscience de la Civilisation. Ce sera donc bien plus qu'une Žtude de l'intŽrieur du monde des ch™meurs, comme on a souvent tentŽ de le faire avec plus ou moins de bonheur. Ce sera une Žtude interne de tout le corps social.

Nous nous appuierons essentiellement sur l'observation expŽrimentale pratique, et non une thŽorisation depuis l'extŽrieur, qui plaque des mŽcanismes d'une autre nature, Žconomique, sur le phŽnomne observŽ.

Les sujets abordŽs et les idŽes dŽveloppŽes dans ces pages allant souvent ˆ contre-courant de la pensŽe traditionnelle limitŽe sur le ch™mage, nous utiliserons la mŽthode itŽrative, pour pouvoir passer au travers du mur des idŽes reues, et comprendre ainsi le mŽcanisme en son cÏur sensible. C'est-ˆ-dire que les rŽpŽtitions permettront d'analyser les diffŽrents thmes, chaque fois sous un angle lŽgrement diffŽrent. Par ces approches successives, nous consoliderons, pas ˆ pas, une perception diffŽrente du ch™mage.

L'effet rŽpŽtitif a comme autre avantage de redonner leur place naturelle ˆ de nombreux paramtres considŽrŽs trop souvent comme secondaires, nŽgligeables, ou parfois totalement ignorŽs.

 

Les anecdotes citŽes ne sont pas le rŽsultat d'enqutes. Mais le souvenir d'expŽriences personnelles et de confidences. Elles ont surgi sous la plume au fil de l'Žcriture, avec la mme acuitŽ qu'au moment de leur manifestation, pour se confirmer ˆ l'aune du bon sens. Elles sont des fragments d'objets soumis ˆ l'analyse. Elles n'ont valeur de preuve que pour celui qui les vŽrifie lui-mme, en son for intŽrieur. Ce ne sont ni des arguties ˆ combattre, ni des gŽnŽralisations dogmatiques, mais des suggestions que la vie nous conduit ˆ mŽditer. Ces anecdotes permettront aux lecteurs d'horizons les plus variŽs de se sentir en terrain familier, sans qu'une formation Žconomique leur soit indispensable. La dŽmarche s'appuie avant tout sur le bon sens et l'expŽrience personnelle.

D'autre part, les exemples imagŽs utilisŽes aussi souvent que possible, par analogie, participent de la dŽmarche de recherche. Ils ajoutent ˆ la pensŽe rigoureuse, une dimension crŽatrice qui lui permet parfois de franchir des barrires construites par les Žchafaudages intellectuels.

Anecdotes et images pourront rendre l'analyse rigoureuse des faits, moins austre, en mettant un peu de velours sur un propos grave.

 

Cet ouvrage n'est pas une analyse du ch™mage fondŽe une compilation d'auteurs. Il est l'exposŽ d'une recherche expŽrimentale originale, ˆ laquelle le lecteur va pouvoir participer. Il arrive un moment o les explorateurs se trouvent face ˆ l'inconnu. Les travaux de leurs prŽdŽcesseurs ne leur sont plus alors d'un secours si Žvident. Il leur faut tracer tout seul une voie. Aussi le lecteur comprendra qu'il n'y ait aucune bibliographie, exceptŽ quelques citations anecdotiques. De plus, cette absence souligne utilement la nŽcessitŽ de s'affranchir, un temps, des pensŽes traditionnelles, pour aborder la question sous un angle nouveau.

Le lecteur Žconomiste ne retrouvera peut-tre pas facilement ses points de repres habituels dans cette approche du ch™mage. Ce sera sans doute nŽanmoins pour lui intŽressant, car il aura une occasion nouvelle de confronter ses certitudes. Mais qu'il se rassure car, si le point de vue empruntŽ pour Žtudier ce sujet est rŽsolument diffŽrent, nous gardons toujours en parallle, de proche en proche, un contr™le sur cette dimension Žconomique trs contemporaine. Mais ce n'est pas ici l'objet de la dŽvelopper, car elle dŽvierait l'Žtude de son but.

Lorsque nous aurons pu mettre en lumire les dŽnominateurs communs ˆ tous les ch™meurs, chacun pourra donc ˆ loisir continuer pour lui-mme sa rŽflexion, s'il le souhaite, et conduire les prolongements techniques et plus spŽcifiques qui pourraient en dŽcouler le cas ŽchŽant. En particulier ˆ propos des diffŽrents genres de ch™mages : structurel, accidentel, cyclique ou conjoncturel, intermittent, saisonnier, invisible ou masquŽ par la prŽcaritŽ, technologique, etcÉ Ou bien selon les types de ch™meurs : jeunes demandeurs d'un premier emploi, ch™meurs par classes d'ages, de secteur professionnel, de niveau hiŽrarchique, de courte, moyenne, longue, trs longue durŽe, etcÉ Ou bien sur les spŽcificitŽs propres ˆ chaque nation : pŽriodes de ch™mage courtes ou longues ou trs longues, etcÉ Ou bien se pencher sur les solutions traditionnelles : grands travaux, rŽduction du temps de travail, non-cumul d'emplois, mesures Žconomiques, mobilitŽ de la main d'Ïuvre, requalification par la formation professionnelle, reconversion, diminution de l'age de la retraite, etcÉ Beaucoup a dŽjˆ ŽtŽ Žcrit sur ces sujets et chacun mŽrite une analyse approfondie complŽmentaire.

P

eut-tre faut-il s'interroger un instant sur le sens profond du mot travail ?

Il est confusŽment associŽ ˆ notre Žpoque, surtout ˆ l'emploi rŽmunŽrŽ. Mais une mre de famille ne travaillerait-elle pas dans son foyer ? ImmobilisŽe dans une maternitŽ, ne travaillerait-elle pas ? Le jeune qui Žtudie, ne travaille-t-il pas ˆ son avenir ? L'ascte dans le dŽsert, le moine en prire ne travaillent-t-ils pas ?É L'opinion assurŽment refuse de le croire ; eux savent bien que oui. Le philosophe qui rŽflŽchit, ne travaille-t-il pas ? L'Žcrivain non plus ?ÉCe n'est pas la valeur marchande de son livre qui indique son travail mais bien la valeur de ses idŽes. EtcÉ

Le travail synonyme de salaire, est de plus amalgamŽ au temps de travail. Il y a lˆ un trs vaste dŽbat.

Le travail est aussi opposŽ ˆ l'oisivetŽ, jugŽe paresseuse. Notre civilisation est obnubilŽe par la notion de production, au sens Žconomique le plus ŽlŽmentaire de quelque chose de matŽriel et de visible. Celui qui ne produit pas selon ces conventions est coupable envers les autres.

Enfin, le sens commun tend ˆ occulter les anciennes significations accolŽes au mot travail : "d'Žtat de souffrance, de tourment, de pŽnibilitŽ (dŽcoulant de l'Žtymologie du mot : travail, "trŽpalium, trois pieux ou instrument de torture")É Mais il en reste quelque chose dans le subconscient. Au point que le salariŽ moderne ˆ bout de souffle, doit fuir de plus en plus loin pour se ressourcer, se rŽgŽnŽrer et s'il ne le peut, s'Žtourdir dans des vacances laborieuses encore plus extŽnuantes.

 

Mais le ch™mage est-il un repos ; des vacances ; l'oisivetŽ ?

Le dictionnaire lui-mme entretient la confusion en donnant comme un des contraires du travail : le ch™mage. ReflŽtant l'opinion commune, il accrŽdite l'idŽe d'un clivage, en mettant dos-ˆ-dos ces deux concept de travail et de ch™mage !

Or le premier sens Žtymologique du mot ch™mage : d'arrt temporaire lors de grosses chaleurs - comme une respiration nŽcessaire aprs une longue course - devrait nous rappeler ˆ de justes proportions. C'Žtait l'Žquivalent du repos compensateur d'aujourd'hui. Le ch™mage est ˆ l'origine : sain, nŽcessaire. C'est la pensŽe de l'homme qui l'a fait progressivement considŽrer comme une verrue des sociŽtŽs industrielles, et de nos jours, comme un vŽritable cancer. Il est loin d'tre cela.

 

Ë partir du moment o une quelconque Žnergie agit sur un point d'ancrage donnŽ, dans un sens prŽcis, il y a production de travail. C'est la dŽfinition mme donnŽe par la physique. Et ce n'est pas parce que l'on ne voit pas ce qui est dŽplacŽ, transformŽ, qu'aucun travail n'est effectuŽ. Le ch™meur n'est-il pas en lui-mme cette force qui s'applique ˆ la sociŽtŽ tout entire ? En endossant ce r™le d'acteur Žconomique d'un genre particulier, non pas anti-Žconomique mais plut™t comme un gyroscope, ne rŽalise-t-il pas une transformation de nos faons de penser, de nous comporter ? Une rŽvolution non-violente, qui assagit la violence de la mondialisation ?

Le ch™meur est comme ces gardes impassibles devant les palais princiers : dans son inaction apparente il demeure le gardien de valeurs symboliques et humaines de toute une sociŽtŽ. Il s'oppose ˆ son agitation fŽbrile et destructrice.

Cette image est loin d'tre une simple vue de l'esprit si l'on veut bien prendre le temps d'y rŽflŽchir.

Ch™meur et salariŽ sont des travailleurs, chacun ˆ leur faon ; non des frres ennemis.

 

C

ette rŽflexion fournit-elle des solutions pour retrouver du travail ?

Oui, si elle permet ˆ un individu de prendre son Žlan et de rŽaliser un projet qu'il n'osait entreprendre, au lieu de continuer ˆ se raccrocher ˆ des branches devenues trop frles pour ses aspirations. Oui encore, si elle favorise, indirectement, les changements d'attitude dans l'entreprise, l'administration, la sociŽtŽ, et entra”ne une dŽcrispation des individus. Oui encore, plus directement, si elle inspire aux dŽtenteurs du pouvoir politique et Žconomique la volontŽ d'accŽlŽrer un certain nombre de rŽformes qui coulent de source.

La rŽflexion, amorcŽe dans ces pages, pourrait peut-tre, avant tout, leur donner l'envie D'EXPLIQUER LE CHïMAGE. Car le grand problme actuel est cette absence d'explication rationnelle, intelligente, profonde, dŽtaillŽe. Seules quelques bribes, le plus souvent Žmotionnelles et trompeuses - quand elles ne sont pas des contrevŽritŽs - sont jetŽes en p‰ture ˆ l'opinion publique. O sont donc ces penseurs qui ont fait notre Civilisation des Lumires ? Les discussions en circuits clos et en atmosphres confinŽes ne sont-elles pas passŽes de mode ? Ne voulons-nous pas vivre en dŽmocratie ? Et savoir.

Cependant le but n'est pas d'Žlaborer un catalogue de nouvelles "solutions" au ch™mage. Il en existe dŽjˆ tant ! Et sur quoi ont dŽbouchŽ toutes ces "solutions" ?É L'objectif est de montrer que le ch™mage en soi est la solution au problme causŽ par les dŽviances de l'Žconomie et qu'il existe en revanche des solutions ˆ la douleur causŽe par le ch™mage. Bien des bonnes volontŽs sont ˆ l'Ïuvre pour proposer des solutions techniques au ch™mage. Elles ne sont souvent pas contradictoires avec cette recherche et peuvent au contraire la complŽter utilement. Ces solutions techniques nŽcessitent cependant, si on en croit la pŽrennitŽ du ch™mage, un prŽalable pour leur efficacitŽ : que les acteurs sociaux soient rŽellement motivŽs, et non pas aux abois !

La dŽmarche n'est pas de critiquer les efforts actuels pour trouver des solutions, mais d'essayer de comprendre pourquoi il ne peut y avoir de solutions durables si le ch™meur n'est pas pris en compte autrement que comme un chiffre statistique. De tenter d'identifier les conditions prŽalables, humaines, non remplies actuellement, qui peuvent Žclairer d'un jour nouveau les Žchecs ; et permettre de les transformer en succs, avec le temps. Cette recherche ne s'attache donc pas aux diverses thŽories Žconomiques sur le ch™mage, prŽ ou post-kŽneysiennes, sans cependant les ignorer, bien entendu, mais au terrain sur lequel elles ne peuvent actuellement Žclore. En d'autres termes, avant d'Žlaborer des solutions essentiellement d'ordre technique, il est nŽcessaire d'appliquer des remdes surtout d'ordre humain, ˆ tout ce qui fait obstacle au progrs. Comment un entrepreneur pourrait-il construire un Ždifice sur un terrain non stabilisŽ ? Ne sommes-nous pas confrontŽs ˆ ce mme dilemme ?

Cette faon inhabituelle d'envisager le ch™mage nŽcessite donc momentanŽment de bien tenir en laisse les thŽories et les a priori, et de procŽder de manire un peu plus expŽrimentale, en repartant de la base vivante.

Que le ch™meur soit engagŽ dans le ch™mage ˆ vie, qu'il retrouve un emploi, se rŽoriente vers une activitŽ indŽpendante, vive de petits boulots, soit rŽduit ˆ des expŽdientsÉ le but est de rŽflŽchir en sa compagnie pour que la condition de ch™mage, et la sienne, retrouve une dignitŽ perdue. Et qu'une telle existence insatisfaisante, vide, inutile en apparence, soit elle aussi propice ˆ une joie de vivre nouvelle.

 

 

 

 

Le parcours du demandeur d'emploi de longue durŽe est comme la traversŽe d'un large fleuve tumultueux. Parvenu au milieu, il ne sait si le courant l'emportera, s'il se laissera aller et finira nulle part. Ou bien si, dans un sursaut de volontŽ, il parviendra ˆ accoster sur l'autre rive.

 

P

ar quel bout aborder une rŽflexion sur le ch™mage ?

La tentation est de se pencher longuement sur le vŽcu du ch™meur, en multipliant les interviews. Ce faisant, on suscite un cortge d'Žmotions et de sentiments. Ces Žmotions que la misre des autres fait na”tre, consistent plus ˆ s'apitoyer, consciemment ou non, sur soi-mme. Elles ne sont gure propices ˆ une rŽflexion sereine. Mme si elles apportent un soulagement momentanŽ aux tensions, au mme titre que les pleurs, elles ne rŽsolvent pas grand-chose. Avant de nous laisser tromper par l'idŽe d'un manque de cÏur que cette attitude peut initier dans la pensŽe, rŽflŽchissons un peu ˆ ce que nous avons compris, profondŽment, par exemple ˆ la vue d'une Žmission tŽlŽvisŽe sur les ch™meurs. Par analogie, que dirait-on d'un gŽnŽral qui regarderait ses troupes par le petit bout de la lorgnette, perdant ainsi de vue le mouvement d'ensemble sur le terrain ? Les exemples peuvent venir Žventuellement en appoint d'une analyse rigoureuse, mais pas pour "sensibiliser" illusoirement les foules.

Une autre tentation est d'Žtablir une sorte de revue des diverses situations des ch™meurs, ou du genre de ch™mage, oubliant dans ce kalŽidoscope l'unitŽ fondamentale qui les unit : leur condition d'tre humain, leurs aspirations communes, leur combat de l'ombre, identique dans sa nature. Diviser un problme en ses unitŽs constituantes infinies prend du temps et nŽcessite une force de vue hors du commun. Elle est aussi un moyen bien connu pour "rŽgner" !

Quant ˆ se prŽcipiter sur les solutions au ch™mage, nous avons dŽjˆ abordŽ la stŽrilitŽ de cette fuite en avant. Leur manque d'efficience sidre toute un peuple qui est maintenant dŽsabusŽ lorsqu'on lui parle de mesures contre le ch™mage. Mme si elles ne sont pas inutiles, leur publicitŽ tapageuse fait na”tre des rves qui se rŽvlent tre des chimres.

Alors, peut-tre, peut-on prendre un autre angle d'approche.

 

 

L

e ch™mage na”t DANS l'entreprise.

Habituellement, que nous dit-on ? Que "le fort taux de ch™mage est dž aux mauvais rŽsultats de l'Žconomie", par exemple. Plus les explications vont bon train, plus des causes extŽrieures, de plus en plus sophistiquŽes, sont avancŽes. Les mŽcanismes financiers, auxquels le citoyen ne comprend que ce qu'on lui dit brivement, sont montrŽs du doigt. Mais QUI a gŽnŽrŽ ces causes ? Personne ne peut croire que la machine s'est emballŽe toute seule. Les comportements et les attitudes des acteurs humains ne sont-ils pas seuls ˆ l'origine de toute situation qui, en se dŽgradant, aboutit au licenciement, puis au ch™mage ? Commenons donc par lˆ.

Les explications Žconomiques plaquŽes : de l'offre et de la demande, du taux de croissance, du taux de ch™mage, du taux d'emplois crŽŽs, etcÉ sont autant de poudre aux yeux, pour les non initiŽs. Que peut bien faire la plupart d'entre nous de ce fatras d'informations Žconomico-statistico-politico-financiresÉ qui lui est dŽversŽ dans les oreilles chaque jour ? Nous nous illusionnons si nous croyons tre plus savants ! Les connaissances doivent avoir une application personnelle concrte, et non se consommer goulžment jusqu'ˆ l'indigestion ! Indispensables et utiles pour certains, elles sont des poisons pour la plupart, lorsqu'elles ne sont pas divulguŽes avec pŽdagogie. Parce qu'elles trompent, culpabilisent ou angoissent inutilement.

.

P

our rŽsumer les premiers Žchos rencontrŽs lors de la maturation de ce travail, cette recherche sur le ch™mage marque son originalitŽ ˆ plusieurs titres :

 

les basique

ucune solution majeure, fr™lŽe au dŽcours d'une remarque, ne sera abandonnŽe en cours de route. Nous inspirant symboliquement du processus de trempe d'un mŽtal, nous pourrions dire que nous reviendrons sur les sujets essentiels lorsque cela s'avŽrera nŽcessaire, pour leur confŽrer une plus grande ŽlasticitŽ et une plus forte rŽsistance, par le feu d'une rŽflexion persŽvŽrante.

A

Cette dŽmarche s'articule selon une architecture bien prŽcise, dont voici les grandes lignes, en trois temps :

Dans une premire partie (PAR O LE SCANDALE ARRIVE), nous nous attachons d'abord ˆ comprendre ce qui corrompt le sens de notre propre travail, et fait exploser les relations hiŽrarchiques au point d'obliger ˆ tailler dans le vif, lorsqu'il est trop tard. Nous nous souvenons des clivages - ou fractures - qui insidieusement se sont infiltrŽes entre le salariŽ que nous Žtions, ou sommes encore, son supŽrieur, ses subordonnŽs et ses homologues, avant l'issue fatale. Chacun a une expŽrience personnelle dont il peut retirer un enseignement plus lumineux qu'il n'y para”t au premier abord. C'est donc par cette porte que nous entrons. Puis nous cherchons ˆ cerner la chronologie des effets induits en cascade, par tous les autres acteurs socio-Žconomiques ; l'administration fiscale en particulier.

Un rappel du mŽcanisme du clivage et de ses variŽtŽs nous sert de point de repre utile.

                  Cette premire partie dense nous met dans le bain. Žventuellement ˆ certains gnant Mais le lecteur n'a pas ˆ s'y attarder outre mesure. Il peut la parcourir d'un trait, pour atteindre rapidement le cÏur de l'analyse, dans la deuxime partie.

Dans une deuxime partie, (PLUS DE TROIS MILLIONS DE RƒSISTANTS NON VIOLENTS) la mŽcanique une fois dŽcortiquŽe, de manire simple, mais plongeant un regard aussi profond qu'il est possible dans l'‰me humaine, nous pouvons alors nous demander : sur quoi tout ce "g‰chis" apparent dŽbouche et ˆ quoi sert le ch™meur ? Parce qu'il sert ˆ quelque chose ! Ou plut™t : quelle Cause sert-il ? Rien n'est pire en effet de croire qu'un sacrifice a ŽtŽ inutile. L'Ïuvre du ch™mage est analysŽe ici mŽthodiquement, selon un bon nombre d'axes. Nous nous livrons aussi ˆ un exercice de crŽativitŽ sur le "parti politique virtuel" des ch™meurs. Si ce travaili appara”t plus distinctement, le ch™mage sera rŽhabilitŽ aux yeux de toute la sociŽtŽ. L'emploi pourra prendre alors beaucoup plus de relief et montrer son vŽritable sens d'accomplissement. Le ch™meur dŽsespŽrŽ de ne pouvoir un jour trouver un emploi rŽflŽchit enfin au facteur temps, pour y trouver une nouvelle raison d'espŽrer.

                  Dans une troisime partie, (L'ƒNERGIE SUIT LA PENSƒE PLUS SUREMENT QUE L'ARGENT) nous chercherons le moyen d'un engagement individuel. Comprendre est une chose. Mais comment agir, lˆ o tout a ŽchouŽ ? Bien mettre ˆ plat toutes les ramifications d'un problme avant de se lancer dans les calculs, nous disent volontiers nos professeurs de mathŽmatiques, et il est dŽjˆ aux deux tiers rŽsolu. Nous envisagerons donc, les domaines o une pensŽe constructive peut se mettre ˆ l'Ïuvre, ˆ titre d'abord individuel, mais aussi collectif. Nous verrons comment une rŽconciliation devient possible entre des tres aux destins en apparence diamŽtralement opposŽs. Nous essayerons de retrouver les clŽs qui Žvitent ˆ une idŽe partant d'une bonne intention, de venir nourrir malgrŽ elle la fracture sociale.

progressif la tire une vision

                  Une lecture linŽaire, sans piocher par-ci par-lˆ, pousse la pensŽe ˆ s'Žlever comme une spirale, dans une dŽmonstration progressive, rapidement efficace. Elle transmettra de cette manire l'effet dynamique et tonique de l'ensemble. Voir, "thŽrapeutique" !É

                  Ces les institutions, les groupes, les personnes, n les croyances, les idŽologies, car il ils partentpart du principe que tous ont une raison d'tre. Toute manifestation historique et transitoire du gŽnie humain a une cause qui doit tre scientifiquement dŽcouverte. Les ŽlŽments expŽrimentaux sont fournis ici pour permettre ˆ chacun de conduire sa propre rŽflexion mŽthodique, selon l'angle des besoins des ch™meurs et des non-ch™meurs. Les idŽes et conceptions qui ont fait leur temps font l'objet d'une observation critique, mais au sens de l'analyse critique constructive, qui permet de dŽboucher sur des solutions de bon sens, et non des jugements critiques, qui enferme le dŽbat dans des attitudes Žmotionnelles stŽriles. Si par accident des personnes, des institutions, se sentaient attaquŽes ou "ŽpinglŽes" en cours de route, qu'elles veuillent bien d'une part mettre ces propos sur l'imperfection relative propre ˆ toute dŽmarche de la connaissance, et d'autre part avoir la patience de suivre la dŽmonstration jusqu'ˆ son terme ultime.

 

 

                  Si le lecteur veut bien maintenant entrer dans le dŽdale des causes et des effets du ch™mage, nous allons chercher ensemble les remdes.

Commenons par tenter de comprendre les demandes non satisfaites, des uns et des autres. Pour que la douleur s'apaise un peu et libre la rŽflexion. Pour que ch™meurs et salariŽs, tous deux au travail pour une mme Cause, tentent de se comprendre ; et que le fossŽ puisse se combler entre ch™mage et emploi.

 

 

 

<< RETOUR AU PLAN                                             SUITE CH1 >>

 

 

© Copyright 2000-2005 Richard AndrŽ - Document dŽposŽ.