PREMIéRE PARTIE PAR Oô LE SCANDALE ARRIVE

Chapitre II

 

 

 

 

 

 

 

L'INEXORABLE ENGRENAGE FISCAL

 

 

 

" Sans clairement nous en rendre compte,

nous vivons dans une dictature fiscale."

Maurice Druon

 

 

Chapitre II. — L'INEXORABLE ENGRENAGE FISCAL.

UNE MANNE ILLUSOIRE. — Premiers grignotages. — Une indemnitŽ de ch™mage dont on ne sort pas

indemne ! — Rapide usure. — Chute dans une autre dimension temporelle. — Peur viscŽrale du manque. — ƒcrasant sentiment d'injustice. — Dangereux sentiment d'humiliation. — Chers dŽpouillements ! — Les interlocuteurs fant™mes. — Coup de gr‰ce. — En qute d'humanitŽ. — La charitŽ n'est pas toujours bien perue. — La fin des droitsÉ en vertu de quel droit ? — TraversŽe du mur de la peur.

Le ge™lier, prisonnier de l'engrenage. — Redresse toi ! — Un quart de sicle bien tard ! —

Janus aux deux visages.

QUEL GåCHIS ! — Un g‰chis de compŽtences. — L'erreur magistrale. — Mesure d'ensemble motivante pour

le ch™meur. — La plaie de la comptabilitŽ analytique du temps. — La source la plus rapide de l'extermination de la libertŽ individuelle.

STOìQUE TRAVAIL DE RƒSISTANCE DU CHïMEUR. — L'exception du Ch™mage.

Et si la meule s'ARRæTAIT ?

 

 

 

 

 

L

a pŽrŽgrination du salariŽ chassŽ de son milieu habituel va commencer. Elle sera semŽe d'embžches, plus ou moins importantes, ˆ moins qu'il ne s'en sorte rapidement. Ses principales Žtapes vont l'entra”ner presque mŽcaniquement, et trs vite vers une situation de manques. Puis la prŽcaritŽ et l'exclusion le guetteront. En observant ces Žtapes, demandons-nous constamment comment-elles peuvent tre rendues moins douloureuses, sinon ŽvitŽes.

Bien des ch™meurs transitoires vont retrouver rapidement un emploi ; il n'est pas nŽcessaire d'en parler plus dans ce chapitre.

Voyons plut™t le mŽcanisme qui va enfoncer progressivement les autres dans le ch™mage. Comment peroivent-ils ce vŽritable enlisement de leurs finances ? Quel effet produit l'inexorable engrenage fiscal dans la conscience collective ?

 

 

 

UNE MANNE ILLUSOIRE.

 

 

Lorsqu'on cherche ˆ rŽflŽchir ˆ cet aspect des ressources du ch™meur, les pensŽes qui semblaient claires ˆ l'origine sont comme attirŽes vers le bas, dans un impŽnŽtrable rŽseau souterrain obscur dont les boyaux font tourner en rond la rŽflexion ! Cela rappelle furieusement l'univers kafka•en o d'Žternelles questions restent sans rŽponse. Lˆ est tapi un tre Žnigmatique aux multiples masques, incarnant la Puissance non seulement du fisc mais des toutes ses succursales, privŽes ou publiques, distribuant ou reprenant la manne au ch™meur avec le mme mobile. Ne passons pas notre temps ˆ dŽtailler tous ces agents, pour ne pas personnaliser une responsabilitŽ qui est collective. Ni tous ces mŽcanismes subtils dilapidant l'argent du ch™meur, car la place nous manquerait[1]. Il est certain que cette administration considŽrablement dŽveloppŽe et diversifiŽe, soi-disant la championne des exceptions pour le bŽnŽfice du contribuable, est paradoxalement la bte noire du ch™meur. Sa mission n'est pas orientŽe vers son aide ! Nous le comprendrons mieux en observant les attitudes. ïtons-nous enfin de l'idŽe qu'il y a des ch™meurs "riches" et des ch™meurs "pauvres", pour ne retenir qu'un principe fondamental de la Constitution : l'ƒgalitŽ. Qui ne signifie pas laminage par le bas ni uniformitŽ ! La souffrance n'est pas proportionnelle aux revenus ni aux salaires initiauxÉ

 

Parce que le sujet est grave, nous proposons d'introduire une distanciation, comme au thŽ‰tre, en le traitant un peu ˆ la manire d'une Žnigme policire, ou d'un jeu de piste. Cela n'™te pas le sŽrieux, mais rend l'analyse plus digeste ; souhaitons-le !

Cherchons la clŽ du mystre qui nous permettra de sortir de cette prison plus subtile que le cachot pour dettes des temps anciens ! Commenons, si le lecteur le veut bien, par nous poser quelques questions essentielles :

Qui a perpŽtrŽ ce crime d'exclusion sur le ch™meur ?

Y a-t-il eu des blessures ? Quelle est l'arme utilisŽe ?

Quel est le mobile ?

Quels sont les " masques" des suspects ?

Le coupable a-t-il des complices ?

Comment opre l'effroyable et inexorable engrenage fiscal ?

Quel est l'enjeu perverti de cet argent ?

Qui fait les frais en fin de compte de cette frappe fiscale aveugle ?

Pourquoi tout ce g‰chis ?É

(Un rapport ˆ droite, en petits caractres, nous permettra de suivre la progression de l'enqute !É)

 

 

 

Premiers grignotages.

 

Aprs son licenciement, libŽrŽ d'un poids affectif, le ch™meur va tre maintenant dŽchirŽ par l'inexorable engrenage fiscal qui le happe.

Les premiers mois, prŽoccupŽ de retrouver un emploi, noyŽ dans les dŽmarches, ou au contraire prenant une convalescence indispensable - sur laquelle il nous faudra revenir -, la tragŽdie financire reste encore au second plan.

La ch™meur n'en ressent pas moins le dŽlai de latence pour le versement de ses indemnitŽs de ch™mage comme une sorte de grignotage mesquin de ses indemnitŽs de prŽavis. Pour la premire fois, il rencontre le masque de pingrerie de son argentier.

Ce premier suspect dŽmasquŽ n'est pas le coupable, mais un simple complice.

 

Les discours rationnels ne changent rien ˆ cette vision. Plus les responsables s'escriment ˆ parler de "justice sociale", d'Žquilibre des comptes, etc., plus le sentiment douloureux d'tre le dindon de la farce se renforce. Le discours politique qui fait une virevolte sur ce terrain glisse ˆ tout coup. L'idŽe trompeuse de "justice sociale" est sans doute le gourdin le plus souvent assŽnŽ, dans les dŽbats tŽlŽvisŽs notamment, pour couper court ˆ toute analyse qui conduirait ˆ une remise en question de la fiscalitŽ, qui la rendrait plus humaine et moins arrogante. Un esprit de "corporatisme fossilisŽ" est de plus en plus dŽnoncŽ. Par exemple, l'ancien dirigeant syndical M. Edmond Maire, lors d'une interview ˆ propos de son rŽcent livre "L'esprit libre", relve l'immobilisme de cette grande maison qui nuit au progrs social. L'objectivitŽ de son point de vue ne peut gure tre souponnŽe.

 

Quand vient le moment de compara”tre devant le juge impitoyable et rusŽ, comptable de son activitŽ de recherche d'un nouvel emploi, le sentiment d'injustice atteint un premier sommet. Il n'y a pas de ch™meur qui ne soit ulcŽrŽ par le comportement glacial de ces agents ˆ l'affžt de la moindre faille pour mettre en cause leur innocence. Leur alibi ? l'existence de fraudeurs ! Quand bien mme cela est vrai, quelle rŽelle motivation profonde pousse ces inspecteurs ˆ faire supporter ˆ une majoritŽ d'individus de bonne foi, l'humiliation du soupon ? Le principe de prŽsomption d'innocence leur est inconnu.

Ce deuxime suspect dŽmasquŽ n'est pas le coupable, mais un autre complice.

 

Arrtons-nous un instant, non pour faire le procs de ces juges, qui entretiendrait ce faisant une autre forme de clivage, mais pour tenter de percevoir l'Ïuvre pernicieuse des idŽes.

Ce point sur l'existence de dŽnommŽs "fraudeurs" est dŽlicat. L'examen de ces fraudes n'apporterait rien. Nous nous rappelons simplement ces mots confiŽs par un trs haut responsable ˆ l'emploi et ˆ la lutte contre le ch™mage, conscient de ses responsabilitŽs et de ses devoirs. Ils pondrent sŽrieusement cette notion de "fraude" :

" Bien des situations concernant le ch™mage sont ˆ la limite des lois, certaines mme dans l'illŽgalitŽ totale. Tout le monde ferme les yeux. Cela est navrant qu'un pays comme la France, qui prŽtend tre un ƒtat de droit, laisse subsister de telles contradictions et ne modifie pas plus rapidement et plus volontairement la loi lorsqu'elle est dŽpassŽe par les progrs de la sociŽtŽ. Mais l'immobilisme syndical, les conflits de personnes, internes aux grandes instances dŽcisionnaires, sont tels que nous ne pouvons rien faire parfois ; sinon conseiller d'agir quand mme, dans le sens de la justice et de l'intŽrt du ch™meurÉ et d'essayer de ne pas se faire prendre !"

Ces propos n'Žtaient pas un appel ˆ la mutinerie, mais le tragique choix qui se prŽsente parfois ˆ certains dans l'exercice de leur fonction. Les cas d'injustice sont multiples. Parfois, rarement, le ch™meur rencontre sur son chemin une main secourable qui tord le cou aux rglements, en secret, et agit en son ‰me et conscience. Par exemple pour rŽgulariser une inscription dans certains cas en contravention avec les critres rigides des Assedic. Parfois mme des corps de l'administration, ˆ court de budget, prŽfrent employer un ch™meur au noir ! Restons donc discrets sur ce sujet.

Ne pouvons-nous, chacun ˆ notre infinitŽsimale mesure, aider de tels responsables ? En commenant ˆ refuser de considŽrer qu'il y a des "BONS" ch™meurs et des "mauvais" ch™meurs. Ë nous dŽsillusionner sur ces idŽes de "justice", dont nous n'avons pas encore pu vŽrifier toutes les consŽquences. Ce sentiment de justice : "justice fiscale", "justice sociale"É dont l'opinion publique est rŽgulirement gavŽe, et dont nous nous faisons les complices tacites de leurs injustices, n'est-il pas parfois l'expression de critiques ˆ peine dissimulŽes, voir d'une certaine pointe de haine, envers certaines "catŽgories" de ch™meurs ?

Nous avons peut-tre lˆ, avec cet appel au sentiment, au jugement, un indice sur le mobileÉ

 

Cette attitude de refus ne fera pas avancer grand chose, pensera le lecteur. Et si ce refus d'adhŽrer ˆ l'idŽe fausse qu'il y a des castes de ch™meurs, faisait dŽjˆ tomber - par effet de proximitŽ - ce voile d'opinions que salariŽs et ch™meurs dressent entre eux, en opposant le ch™mage au travail, ne serait-ce pas un immense progrs ?

Nous avons peut-tre lˆ, avec cet ŽlŽment de clivage, un indice subtil sur les commanditaires et le criminelÉ

Une indemnitŽ de ch™mage dont on ne sort pas indemne !

           Initialement, les indemnitŽs de ch™mage correspondent au concept d'assurance, qui indemnise un accident survenant ˆ titre exceptionnel. Aujourd'hui, le ch™mage n'est plus exceptionnel. Le terme commence ˆ devenir obsolte. De plus, il est porteur d'un contenu Žmotionnel nŽgatif : d'Žchec.

Si l'on veut considŽrer le ch™meur autrement que comme un assistŽ, il n'est pas inutile de commencer par rappeler une Žvidence positive, contrebalanant l'idŽe tronquŽe d'assistance : l'indemnitŽ de ch™mage est financŽe par le futur ch™meur lui-mme. Mais il faut aller bien au-delˆ.

Si l'on veut pouvoir discerner un jour un quelconque travail social dans l'activitŽ de ch™mage, le terme "indemnitŽ" ne peut convenir. Personne n'est indemnisŽ pour un travail ; on est payŽ pour un travail. Il faut - du moins en pensŽe - lui substituer un terme plus voisin de : salaire, rŽmunŽration, revenu, prix d'un service, honorairesÉ Le terme honoraires d'ailleurs s'attache bien ˆ un travail indŽpendant. Le ch™meur n'est-il pas une personne qui a repris, en partie, son indŽpendance, sa libertŽ par rapport ˆ une entreprise, des groupes sociaux, certaines formes de travail, certaines idŽologies de pensŽe ?

Ë propos de cette indŽpendance du ch™meur, il y a peut-tre

un indice capital conduisant au mobil du crime !É

 

Il est un autre paradoxe concernant cette indemnisation. Des groupes, travaillant avec discrŽtion depuis longtemps, Žvoquent pŽriodiquement la nŽcessitŽ d'un droit au Revenu ds la naissance, comme il existe un droit ˆ la SantŽ, et plus rŽcemment un droit au Logement (apparu au niveau lŽgal au dŽbut des annŽes 80), - pour tous -, et dont les modes de financement semblent sŽrieusement ŽtudiŽs. Ë c™tŽ de cela, l'opinion, mais aussi toute la classe politique, sont encore ancrŽes dans cette notion dŽsute d'indemnitŽ de ch™mage. Ce clivage oppose les citoyens dans une lutte idŽologique fratricide dont ils n'ont gure conscience, bien souvent pour des centimes !

De plus la cuisine entre l'assurance-ch™mage, les allocations de fin de droit, les prises en charge etc., dans laquelle les ch™meurs y perdent leur latin - et les fonctionnaires aussi -, est une source de gaspillage financier considŽrable. Ce gaspillage n'est-il pas le rŽsultat d'une forme de pensŽe sŽparative ? D'un esprit de corps ? Lˆ o il faut une pensŽe synthŽtique ; un esprit universel. Qui donc divise pour mieux rŽgner, sinon une mentalitŽ guerrire, trop Žgo•ste, trop avide ? Une pensŽe isolŽe dans sa tour d'ivoire qui ne sait plus comment baisser le pont-levis pour aller ˆ la rencontre de l'autre, et Žtablir une relation de rŽciprocitŽ ? Qui, sinon une pensŽe du corps public envožtŽe par la peur ?

Avec cette division, il y a peut-tre un deuxime

indice capital conduisant au mobil du crime !É

 

Pour l'anecdote, le groupe des ch™meurs marseillais qui a revendiquŽ ces dernires annŽes suivant une tactique syndicale ne s'est pas trompŽ de sens, ˆ propos des indemnitŽs de ch™mage. C'est vŽritablement une prime de fin d'annŽe, un treizime mois de salaire, dont-il a ŽtŽ question. Si cette revendication au niveau salarial n'a pas provoquŽ une explosion sociale, on peut penser que cet ingrŽdient salarial n'est pas suffisant malgrŽ tout pour mobiliser tous les ch™meurs, mme s'il demeure nŽcessaire ˆ la survie de millions d'tres. Nous devrons donc chercher, plus loin, une explication. Ces propos ne sous-tendent absolument pas que l'indemnitŽ actuelle soit bien suffisante. Elle est non seulement dŽrisoire, mais tout simplement ˆ repenser de fond en comble ! Ë commencer par son appellation.

Ë cette Žtape de la rŽflexion prŽcisons un ŽlŽment essentiel : le grignotage de la manne ne concerne pas seulement l'argent du ch™meur, mais corrode aussi son estime de soi, son honneur, en faisant si peu de cas de ses bons et loyaux services antŽrieurs.

 

 

Rapide usure.

 

Chute dans une autre dimension temporelle.

Le dŽphasage du couple temps-argent est un phŽnomne que le salariŽ ignore le plus souvent. Sinon de manire trs anodine, par exemple en utilisant sa carte de crŽdit. Le ch™meur y est confrontŽ assez vite lorsqu'il paye ses imp™ts et taxes de l'annŽe prŽcŽdente[2], avec les subsides de l'annŽe en cours ; et dont la source menace de se tarir rapidement. Ce qui n'est que simple banalitŽ intellectuelle pour les uns devient pour les autres un aspect Žprouvant de l'inexorable engrenage fiscal.

Il est IMPOSSIBLE de faire ressentir cette chose si ŽlŽmentaire ˆ ceux dont les revenus, mme s'ils fluctuent, s'alimentent ˆ une source vive !

La consŽquence est simple : l'appauvrissement est accŽlŽrŽ par cet effet de dŽphasage et le ch™meur va se mettre ˆ courir aprs l'argent un peu plus vite et perdre son souffle rapidement.

Et c'est dans cet Žtat qu'il va devoir continuer ˆ chercher du travail et faire bonne figure !

 

Peur viscŽrale du manque.

            Les agents de l'engrenage fiscal vont mettre leur masque-qui-n'a-pas-de-nom pour rŽclamer leur dž. Trs rapidement la peur viscŽrale du manque va commencer ˆ tenailler le ch™meur. Les multiples crŽanciers privŽs et publics se greffent sur cette mŽcanique. Les dŽbiteurs aussi : ils comptent leurs sous, et font tout pour retarder les paiements. Du moins c'est le sentiment qu'en a le ch™meur. Progressivement le moindre centime va prendre pour lui un sens tragique qu'il n'avait pas nŽcessairement auparavant. Les prŽvoyants, les Žconomes s'en tirent un peu mieux au dŽbut, mais le sentiment est le mme, car la noria de l'argent commence ˆ pomper dans les dernires rŽserves !

Ces suspects dŽmasquŽs ne sont encore que d'autres complices.

Les allocations ch™mage diminuent selon un barme savamment ŽtudiŽ avec les mois qui passent pour, affirme-t-on : "stimuler les ch™meurs pour qu'ils retrouvent rapidement du travail" ! Ë un moment ou un autre, variable avec les individus, va se manifester le paradoxe de l'argent dŽmotivant. C'est-ˆ-dire que l'individu pris entre la peur viscŽrale du manque et la porte scellŽe de l'embauche, va progressivement perdre son sang froid et commencer ˆ tourner en rond. La peur sera plus forte que l'attrait du gainÉ devenu inaccessible.

Le ch™meur dŽmontre par son vŽcu la perversitŽ d'une utilisation de "l'argent rare" comme "moteur" de l'action, soi disant. Son expŽrience met en lumire l'obsolescence d'une attitude mentale qui consiste - selon l'expression de l'un d'eux - ˆ continuer de "taper sur le bourricot pour qu'il avance". Ces mots traduisent bien un sentiment d'Žpouvantable dŽsarroi face ˆ la cruautŽ et l'indiffŽrence ambiante.

 

Trop t™t poussŽ ˆ reprendre son activitŽ avant de s'tre rŽtabli moralement, ayant gožtŽ ˆ la "libertŽ" ˆ cause du ch™mage, pris par le dŽsir paradoxal de ne plus travailler, le ch™meur se sent paralysŽ par cette peur viscŽrale, qui lui ™te la volontŽ de redevenir comme AVANT, et de chercher un emploi avec la mme conviction.

Le ch™meur commence ˆ sentir confusŽment qu'il ne peut plus vivre les choses pareillement. Le travail prŽcŽdent n'a plus le mme sens pour lui, mme s'il dŽsire le retrouver par nŽcessitŽ ou habitude. C'est peut-tre ˆ ce moment que s'amorce inconsciemment un grand tournant dans son tre. Nous y reviendrons.

Ces agents masquŽs anonymes ne donnent pas encore le nom du coupable. Ils ne nous fournissent que l'indice concernant la nature de la profonde blessure faite par cette douleur viscŽrale du manque, et la lugubre annonciation de la fin.

 

 

ƒcrasant sentiment d'injustice.

Sur ce fond de recherche stŽrile d'emploi, durant des mois, parfois des annŽes, les prŽlvements de toutes natures, telle une araignŽe au centre de sa toile, vont achever leur usure dŽvastatrice. Ils obligeront en fin de compte, malgrŽ des dŽlais ŽtriquŽs accordŽs par l'administration, ˆ mendier des aides et ˆ devoir se rŽsoudre ˆ n'tre bient™t plus qu'un assistŽ.

Cette assistance que toute la sociŽtŽ n'arrte pas de dŽnoncer devient, de fait, une rŽalitŽ du ch™meur de longue durŽe, par la force de l'inexorable engrenage fiscal et financier. Des dossiers entiers seraient nŽcessaires pour illustrer les situations inextricables dans lesquelles sont projetŽs les ch™meurs : imp™ts divers et variŽs, taxe foncire, c.s.g., taxe d'habitation, dettes, taxation des plus-values, remboursements d'emprunts, allocations sociales, redevances, rappel d'imp™t, feuilles de maladie retournŽe incomplte, contr™le fiscal, rappel de quittances, justification de revenus, loyers en retard, livret d'Žpargne ŽrodŽ, impatience ou mauvaise volontŽ des uns pour expliquer, agressivitŽ des autres pour expŽdier ces gneursÉ Mais ils ont tous le MæME EFFET D'USURE de l'argent du ch™meur et de sa capacitŽ de rŽsistance morale.

L'ŽnumŽration semblerait-elle manquer d'ordre et de mŽthode ? C'est sans doute parce qu'elle reflte l'amalgame qui se produit dans la pensŽe du ch™meur, de tous ces mŽcanismes qui tentent de lui arracher ses dernires ressources. Ch™meur qui n'est plus tout ˆ fait un citoyen comme les autres. Il est devenu plus vulnŽrable par sa cassure avec le monde de l'emploi, ne l'oublions jamais !

 

Le ressenti face ˆ la vaste mŽcanique de rŽcupŽration fiscale est bien stigmatisŽ par ce ch™meur qui se croyait ŽpargnŽ, disait-il :

"J'avais un appartement qui me venait de mes parents, mais comme je ne pouvais faire les grosses rŽparations nŽcessaires pour le louer en gros le quart du SMIC, je l'ai vendu. J'ai fait une plus-value immobilire. Comme je suis en dessous du seuil imposable, je n'ai pas payŽ d'imp™t. Jusque-lˆ, a allait. J'espŽrais pouvoir vivoter en attendant mieux. En fait la CSG assise sur cette valeur, environ 9000 F, va pratiquement tout me reprendre. Mais pire, lorsque j'ai rŽactualisŽ mes revenus pour mon allocation ch™mage, ils me sont tombŽs dessus ˆ bras raccourcis et m'ont sucrŽ une partie de ce qu'ils me versaient. C'est pourtant pas un salaire. C'est pas un revenu me permettant d'amŽliorer ma condition de survie. Le fisc n'assimile pas d'ailleurs cette plus-value ˆ un "revenu", du fait de son caractre alŽatoire, contrairement ˆ ce que font les Assedic. Ils auraient au moins dž tenir compte du nombre d'annŽes sur lequel la plus value Žtait Žtablie, puisque l'assiette des subventions comme de l'imp™t est annuelle. C'est vraiment le nivellement par le bas. Je touche 600 F par mois, soit 7 200 F par an, moins 9000 F, Žgal -1800 F, soit -150 F par mois. Je n'ai plus qu'ˆ entamer mes dernires Žconomies pour m'en sortir. Pendant combien de temps ?É Je ne peux mme plus vivre de la rente de ce bien.

Il est bien paradoxal qu'un organisme crŽŽ pour AIDER LES CHïMEURS dans la misre, se rŽvle encore plus draconien que l'administration fiscale qui au moins prend en compte mon faible seuil de revenu pour m'exonŽrer de cette plus-value. Que reste-t-il de la "solidaritŽ" dans cette "allocation de solidaritŽ" qui est insuffisante dŽjˆ pour vivre, sans parler de vivre dŽcemment, si elle est rŽduite ˆ un mouchoir de poche par des rglements aveugles ? Les TROUS dans la rŽglementation fiscale sont une vŽritable catastrophe pour ceux qui ont une situation non-standard. On a intŽrt a ne plus avoir un sou ! La rŽglementation actuelle Žlimine purement et simplement les ch™meurs et les conduit vitesse grand V ˆ l'exclusion. On aurait voulu faire exprs, on n'aurait pas fait autrement. Quant ˆ obtenir des explications ou faire un recours, il m'a ŽtŽ rŽpondu comme fin de non recevoir : Vous avez encore de l'argent, alors vous n'avez qu'ˆ payer ! Pour qui se prennent-ils ? Et le Parlement laisse faire cela !É"[3]

 

Ne nous Žgarons pas dans ce dŽbat de chiffres. Balayons les arguments illusoires que certains qualifieraient de moraux, pour savoir qui a tort ou raison. Retenons le fond : la rŽalitŽ de son sentiment d'injustice et d'incomprŽhension ; son impression que, malgrŽ tous ses efforts pour chercher ˆ subvenir lui-mme ˆ ses propres besoins, mme dans une existence sans emploi, l'engrenage le rattrape inexorablement et concourt ˆ le remettre dans le rang uniformisŽ des assistŽs.

Ce ch™meur essaie de nous expliquer que le systme fonctionne comme s'il avait horreur des individus et ne laissait aucune place aux cas particuliers et ˆ l'humain. La machine lamine toute exception. Elle rŽduit d'abord le ch™meur qui avait rŽussi ˆ se maintenir dans une relative indŽpendance, ˆ la pauvretŽ la plus complte possible. Et ensuite, ensuite seulement, elle fait l'aum™ne de subsides, les mmes pour chacun, comme s'il s'agissait de "rŽtablir l'ŽgalitŽ par la misre" pour employer son expression. Tout cela avec l'assentiment du peuple trompŽ et de ses Žlus aveugles.

Le criminel se profilerait-il ici ?É

Il y a peut-tre aussi, avec ce laminage, un autre indice concernant le mobile du crime !

La possibilitŽ de subvenir ˆ ses propres besoins, en toutes circonstances, serait-elle une aspiration fondamentale de l'tre humain qui n'a pas de droit de prŽsŽance ? Il y a lˆ une question de sociŽtŽ. Lorsque la collectivitŽ fait usage de son droit pour percevoir des sommes qui Žrodent cette libertŽ, ne doit-elle pas s'abstenir, diffŽrer, plut™t que de rŽparer lorsqu'il est trop tard ?

O cette piste peut-elle nous conduire ?É La notion de "rŽparation" est encore tellement floue, controversŽe. La "rŽparation morale historique" (comme celle dont parlait le chef de l'Žtat Allemand, devant le Parlement IsraŽlien, en dŽbut 2000) est un concept qui fait si lentement son chemin dans les consciences, qu'il est peut-tre un peu t™t pour poursuivre dans ce sensÉ

 

Si nous prtons suffisamment notre attention, nous pouvons aussi voir ˆ l'Ïuvre les rouages qui crŽent des "assistŽs" : ce n'est pas le fait de dispenser l'aide ˆ tous (il y aurait bien des choses ˆ dire sur tous les manques ˆ ce principe d'ŽgalitŽ !É), dans le domaine de la SantŽ, de la Nourriture, de l'Habitat, qui crŽe le sentiment d'assistance et la rŽalitŽ d'une dŽpendance. C'est la manire dont la mŽcanique mentale dispense ces subsides, en usant d'un faux sentiment de charitŽ qui rabaisse et assujettit ; puis REPREND PAR LA FORCE ce qu'elle avait donnŽ de si mauvais cÏur, achevant son conditionnement par la menace. Ë moins qu'elle n'use d'une autre arme encore, en agitant les cas des plus dŽshŽritŽs, pour culpabiliser.

 

Cependant, si le principe de subvenir ˆ ses propres besoins est clairement admis par tous, sans arrire-pensŽes, et la volontŽ qui prŽside ˆ son application bien orientŽe, les moyens aussi compliquŽs soient-ils seront trouvŽs, car ils dŽcouleront ensuite naturellement d'une intelligence crŽative.

 

Mais, "Tout le monde s'en fout !" constate finalement ce ch™meur, en faisant tomber le masque de l'usurier, complice du criminel toujours dans l'ombre.

L'opinion publique semblerait-elle se faire une raison devant l'injustice fiscale ?É Ou n'est-ce qu'un moyen pour elle de se protŽger, de s'exonŽrer moralement ? Nous chercherons ˆ y voir plus clair dans le chapitre III. Mais qu'en est-il de la dŽvalorisation qui accompagne cette injustice ? Essayons de mieux la cerner.

 

Dangereux sentiment d'humiliation.

Revenons sur un point ŽvoquŽ plus haut, concernant l'esprit avec lequel sont effectuŽs les contr™les d'activitŽ du ch™meur. Discernons comment il accro”t les clivages.

" J'ai ŽtŽ amenŽe ˆ supplier littŽralement l'inspecteur, disait une ch™meuse, totalement dŽcomposŽe et au bord des larmes en sortant du bureau de celui-ci. Je lui ai fourni toutes mes justifications. J'ai bien essayŽ de lui expliquer que du fait de ma qualification, a ne servait ˆ rien d'envoyer des lettres-bidons comme le font plus d'un. Ils sont plus malins que moi d'ailleurs. Mais comme a ne correspondait pas ˆ ses critres stupides, il n'a pas voulu dŽmordre de sa position. J'avais l'impression de parler ˆ un mur. Il a continuŽ ˆ me piŽger avec ses questions insidieuses. En plus, il me faisait la gueule ! Je l'ai suppliŽ, sans rŽsultat. C'est humiliant ! C'est dŽgradant de devoir tre rŽduit ainsi ˆ mendier un peu de comprŽhension ! Et pour une somme misŽrable. Quand j'entends que des hauts fonctionnaires des imp™ts dissimulent leurs revenus et leurs avantages aux yeux de l'opinion, il y a de quoi pleurer !É En attendant, je ne sais pas comment je vais pouvoir payer mon loyer et mes imp™ts."

 

Au-delˆ de la "banalitŽ" du cas, de la souffrance, ce genre de tŽmoignage contient-il le germe de sa solution ?

La premire question simple venant ˆ l'esprit est :

comment peut-on un jour espŽrer rŽconcilier les citoyens d'un mme pays si de tels contentieux affectifs, d'humiliation, de dŽvalorisation sont accumulŽs, individus aprs individus, et si on laisse un tel rŽservoir se remplir ˆ ras bords ? Un journaliste, semble-t-il posa un jour une question semblable ; sans y rŽpondre malheureusement.

Le terme "rŽservoir" est employŽ ˆ dessein, car les contentieux affectifs ne se vident pas spontanŽment.

Nous pouvons constater ici le second type de blessures : l'humiliation.

 

Cette question conduit ˆ se demander si - au nom d'une noble indignation - il ne faut pas "dŽnoncer" de telles situations pour "sensibiliser" l'opinion et faire "cesser" les injustices ? Mais chacun peut observer ˆ son Žchelle, s'il est vŽritablement attentif, ce que cela produit dans son entourage. L'Žvocation spectaculaire de telles iniquitŽs, en attisant les ressentiments de l'opinion, risque alors de faire na”tre un nouveau bouquet de haine chez la victime et ses supporters, et d'un sentiment pervers de culpabilisation chez le bourreau et ses alliŽs. Et le match de boxe de continuer de plus belle !

Chacun sait que les esprits dŽmagogues usent de cet artifice explosif pour dŽsamorcer les contestations. Car l'adrŽnaline une fois dŽchargŽe, l'ardeur combative diminue. Comme les picadors le font pour un taureau ! Mais les contentieux ne sont pas soldŽs pour cela. Chacun sait Žgalement que les esprits irresponsables et "pleins de bonnes intentions" abusent de cette mŽthode pour attirer l'attention d'un publicÉ avec l'effet contraire de le maintenir dans l'obscurantisme. Et chacun sait que le public applaudit et en redemande !É Jusqu'au jour o le point de non-retour est atteint et qu'une catastrophe historique survient pour Žponger brutalement l'ardoise de tout un peuple !É Ainsi tant va la cruche ˆ l'eau, qu'ˆ la finÉ

Il y a lˆ d'autres complices indirects. Ils n'en sont pas moins responsables.

Cette question, en dŽfinitive, laisse l'individu devant un second dilemme qu'il ne sait rŽsoudre : que faire avec mon sentiment de rŽvolte ? Comme il n'a pas de prise sur les moyens, ou n'a pas appris comment en avoir de manire constructive et non conflictuelle, cette frustration alimente aussi le "rŽservoir" !

 

La seule issue est alors de comprendre. Et de trouver soi-mme la porte Žtroite qui puisse conduire vers le haut et la lumire lorsqu'une situation de clivage appara”t. Cette explication revt-elle un sens pour le lecteur ?É

Ces contentieux affectifs ne se rglent qu'ˆ l'amiable ou bien constituent un risque permanent.

Si cette voie amiable, pratiquŽe intuitivement par les individus de bonne volontŽ, dans leur existence quotidienne, est une Žvidence, pourquoi alors devient-elle si impraticable lorsqu'il s'agit d'entitŽs sociales ?É Nous observons que la blessure est profonde ! Elle se perd sans doute dans les dŽdales de l'Histoire et l'Žtat de guerre des idŽes du monde contemporain.

 

Parfois ce masque sŽvre des contr™leurs sera devenu par quelque miracle celui d'une aimable indiffŽrence. Ces agents, conscients des contradictions du systme, n'auront comme rŽflexe pour conserver leur propre Žquilibre psychique, que celui de s'auto-gratifier ˆ propos de leurs bonnes intentions neutralistes. Ils prennent mme parfois le ch™meur ˆ tŽmoin de leur impuissance ˆ l'aider, et de la stŽrilitŽ des contr™les administratifs qu'ils s'honorent de ne plus pratiquer. Le rŽsultat pour le ch™meur en sera pourtant le mme : l'absence de dialogue de fond, faute d'interlocuteur ayant une part de pouvoir et de responsabilitŽ.

Ne voyons-nous pas lˆ comment une des armes du crime fonctionne, par le silence et la dŽmission ?

 

Le tableau va sembler caricatural et dŽfaitiste. Ceux qui ont une expŽrience du ch™mage le trouveront ŽdulcorŽ au contraire. Rappelons toujours qu'il ne met pas en cause des individus mais cherche ˆ Žclairer les ravages d'une mŽcanique mentale. MŽcanique mentale fiscale produite au cours des ages, et dont quelques Žlus ŽclairŽs cherchent ˆ se rendre ma”tre ˆ nouveau, avec beaucoup de difficultŽ. C'est lˆ un genre de problme qui a inspirŽ bien des vieilles lŽgendes comme celle du Golem, crŽature d'argile Žchappant ˆ son crŽateur ! Le dessinateur Jacques Faizant n'en est sans doute pas loin lorsqu'il parle dans un de ses dessins de l'ŽtŽ 99 : des "cerveaux prŽdateurs qui se sont succŽdŽ" ˆ la maison des finances.

 

Continuons ˆ chercher la clŽ de l'Žnigme avec persŽvŽrance.

Chers dŽpouillements !

S'il a quelques biens personnels, acquis avec ses Žconomies ou venus d'une succession, le ch™meur va devoir se sŽparer de ses "chers" objets pour continuer ˆ vivre normalement ou tout simplement ˆ survivre aussi dŽcemment que possible. Il va apprendre la valeur des choses et l'inutilitŽ de bien d'autres. C'est une leon paradoxalement enrichissante qui va contraster avec les Žnormes richesses Žconomiques de nos sociŽtŽs industrialisŽes. S'agit-il de la leon concernant le refus de la sociŽtŽ de consommation ? N'est-elle pas dŽjˆ derrire nous, depuis des dŽcennies ! Existe-t-il un autre enseignement de ce dŽpouillement de nos biens ? Peut-tre est-ce celui de nous mesurer ˆ cette force qui nous pousse ˆ retarder le moment fatal, o nous croyons que nous n'aurons PLUS RIEN ? Peut-tre est-ce Žgalement l'apprentissage de la ma”trise de l'Žnergie que la sociŽtŽ avide ne nous a pas enseignŽ ˆ appliquer ?

Certains se dŽpouilleront de leurs ambitions professionnelles et risqueront une reconversion en se re-formant, ou en se rŽformant plus simplement. Ils sortiront, en tout ou partie, de l'emprise de l'engrenage. D'autres useront des fausses formations alŽatoires comme d'un subterfuge o se rŽfugier.

Mais le temps du manque d'argent se rapproche inexorablement. La prŽcaritŽ et la pauvretŽ tant redoutŽes commencent ˆ se profiler, trs lŽgrement, ˆ l'horizon. Alors le ch™meur tente de forcer les portes fermŽes de tous ses crŽanciers et d'Žtablir un impossible dialogue.

Les interlocuteurs fant™mes.

Les illustrations concernant ces interlocuteurs fant™mes pourraient s'Žgrener ˆ l'infini. ƒcoutons juste ce ch™meur de longue durŽe, nous dire ce qu'il en pense.

" Chaque fois qu'il s'est agi de dŽterminer ou de rŽactualiser le montant d'un imp™t ou d'une indemnitŽ, j'ai eu affaire ˆ des interlocuteurs, tant™t polis, tant™t trs vindicatifs, qui ne pouvaient jamais rien faire pour mon cas. Ils n'Žtaient jamais bien au courant des dernires rglementations ; ne voulaient jamais se mouiller. Dans le meilleur des cas, a finissait toujours par : expliquez votre affaire par Žcrit et envoyez votre courrier ˆ telle autre adresse. Mais n'espŽrez pas trop quand mme. Moi, je ne peux pas appuyer ni transmettre votre demande.

Ou bien il s'agissait de commissions injoignables. Ou bien des dŽcideurs itinŽrants venaient un beau jour trancher ˆ propos de mon dossier. Jamais je ne pouvais m'expliquer de vive voix avec ceux-lˆ. Ë c™tŽ de cela, lorsque je voulais avoir un interlocuteur de mes Assedic locales, je tombais sur une centrale tŽlŽphonique nationale de renseignement qui invariablement ne savait pas me conseiller autre chose que des gŽnŽralitŽs, en me disant de me dŽplacer pour contacter un agent local, lui-mme incapable de rŽsoudre mes problmes. J'avais 50 km ˆ faire, mais a n'Žtait pas leur problme !

 

            Pourquoi ces interlocuteurs de l'argent avec lesquels le ch™meur est aux prises, sont-ils comme des fant™mes ? Alors qu'ˆ l'inverse, ceux chargŽs d'un redressement, d'une enqute quasi-policire, ou d'une sanction financire par exemple, menacent ˆ visage dŽcouvert ?

Est-ce parce que le ch™meur n'a d'autre droit que d'avoir son cas tranchŽ tout en haut de la pyramide, par une oligarchie toute puissante et occulte de technocrates ?

Est-ce parce qu'une volontŽ d'Žradiquer le problme du ch™mage commence par celui de ne reconna”tre ˆ l'individu au ch™mage aucun droit d'exception, d'autonomie, d'existence ? Il y a lˆ un paradoxe insoutenable si on met cette volontŽ d'Žradiquer le problme du ch™mage en parallle avec la RƒALITƒ du moment : l'impossibilitŽ de caser des millions d'individus.

Ce sont les individus qui payent les pots cassŽs. Non le ch™mage qui est traitŽ !

Ces interlocuteurs fant™mes ne serait-ils pas le sympt™me d'un Žtat d'esprit encore plus profond de dŽmission ? La piste est ˆ suivre É

Toujours est-il que le ch™meur rencontre le vide derrire le masque de l'homme invisible. Le coupable n'est toujours pas trouvŽ !

La pŽnible confrontation avec les complices manÏuvrant l'inexorable engrenage est-elle ˆ son terme ?É

 

L'usure des ressources du ch™meur par des interlocuteurs fant™mes qui se dŽrobent, alimente en rŽaction un conflit interne qui va en grossissant.

 

 

 

 

Coup de gr‰ce.

 

 

           En qute d'humanitŽ.

Presque au bout de la course, les bras ballants, certains ch™meurs de longue durŽe cherchent un dernier rŽtablissement intŽrieur, en tournant leur recherche de rŽorientation professionnelle vers des causes nationales ou internationales pour lesquelles ils pourraient s'employer ; ou des causes humanitaires auxquelles se dŽvouer. Ces mondes restent aussi opaques que le reste. Ou bien les ch™meurs cherchent une difficile synthse entre des activitŽs non lucratives, artistiques par exemple, et leur exploitation Žconomique alŽatoire. Ou parfois tentent un voyage virtuel sur cette immense toile (d'araignŽe) - le web - qui les capturent dans la mme guerre Žconomique. Ils y rencontrent la mme dŽsillusion qui ne comble ni leur besoin de participation, ni leur solitude, ni leur qute de solutions au ch™mage.

D'autres rŽduisent leurs cožts en dŽmŽnageant en province ou ˆ la campagne. Ils se rendent compte de toute la place disponible. Ils respirent et rŽorganisent leur temps. Ils ne sont pas heureux cependant. Car si les prairies sont vastes, l'espace dans le tissu social est, pour beaucoup, inexistant. Ils se sentent un peu comme les parias de l'occident. Les salariŽs, perdus dans leur anxieuse agitation, en ont-ils vraiment conscience ? Il faudra nous reposer cette question de nombreuses fois : les non-ch™meurs ONT-ILS VRAIMENT CONSCIENCE ?

 

Ces tentatives de rŽtablissement sont nŽanmoins significatives d'une rupture. Elle s'est largement amorcŽe, dans leur esprit, avec certaines valeurs Žconomiques qu'ils ne reconnaissent plus. D'autres valeurs moins "Žconomiques" les remplacent, mais ils ne savent pas comment les mettre en application dans ce monde trop en repli.

Et l'argent reste toujours au centre des prŽoccupations vitales.

 

Vient le temps o le ch™meur n'a plus de "droit". Il bascule alors dans un relais de l'inexorable mŽcanique. Les allocations de solidaritŽ vont l'achever.

Peut-tre d'ailleurs n'aura-t-il pas voulu, un temps, s'abaisser ˆ les quŽmander, Žpuisant ses dernires Žconomies. Puis il lui faudra passer par lˆ. Simple et rapide dŽmarche administrative, pense le lecteur qui n'a pas connu cela. Elle ne l'a pas ŽtŽ pour ce ch™meur, comme pour bien d'autres, qui raconte l'irracontable.

"J'Žtais inscrit comme demandeur d'emploi mais je n'avais pas voulu me rŽsoudre ˆ demander une allocation de solidaritŽ. Comme il me restait encore quelques Žconomies, je trouvais que la somme Žtait dŽrisoire. Je ne savais pas que je serais privŽ de mes points de retraite. Mes amis m'avaient dit que j'avais tort. Oh ! ce n'Žtais pas par solidaritŽ avec de plus pauvres que moi, car je considre que cette fausse raison est de l'hypocrisie. Je trouvais que cela faisait un peu trop soupe populaire. Mais il a bien fallu que je me rende ˆ l'Žvidence : je n'avais plus assez pour vivre. J'ai donc rŽdigŽ un rapport dŽtaillŽ sur ma situation, mes anciennes sources de revenus, mes besoins. Je croyais que mon rapport suffirait. Mais aprs de longues semaines, j'ai ŽtŽ convoquŽ. J'avais soi disant un rendez-vous ˆ une heure prŽcise, mais j'ai dž attendre des heures avant d'tre reu. Finalement une responsable, d'humeur revche, semble-t-il haut gradŽe, me fit entrer dans son bureau. Aprs avoir jetŽ un coup d'Ïil sur mon dossier, ŽnervŽe elle me dit : je ne peux rien pour vous !

- Pourquoi m'avoir convoquŽ, alors ?

- Parce que votre dossier doit passer par ici !

- Pouvez-vous me dire ˆ qui je dois m'adresser. Et qui pourrait m'expliquer ce que je dois faire ?

- Il n'y a personne !

Et pendant plus de vingt minutes, j'ai tentŽ de lui expliquer, malgrŽ tout, mon cas. J'ai essayŽ de comprendre quels Žtaient les circuits administratifs ; qui pouvait vŽritablement trancher.

Elle a fini par me dire agacŽe : je n'ai pas le temps de vous expliquer. Je n'ai pas de temps ˆ perdre, je suis occupŽe !

Comme je lui faisais remarquer que c'est elle qui m'avait convoquŽ, alors que j'avais pris le soin de rŽdiger un rapport dŽtaillŽ de deux pages et de fournir toutes les photocopies justificatives, et de l'adresser par la poste, elle devint encore plus agressive.

Je suis restŽ dans son bureau, assis calmement, en cherchant comment sortir de ce cul-de-sac incroyable. J'avais ŽtŽ trs poli, courtois mme, je crois, mais je ne pus, au bout d'une demi-heure, me retenir de lui dire qu'elle Žtait quand mme payŽe pour aider les ch™meurs en difficultŽ et qui ne savent pas comment s'en sortir. Ë quoi sa rŽpartie fut cinglante : mais non. Je ne suis pas payŽe pour a !

J'avais dŽjˆ rencontrŽ des dr™les de comportements, au cours de mes avatars de ch™meur, mais celui-lˆ me surprenait quand mme ! La situation Žtait compltement irrŽelle. On tournait en rond, sans qu'elle me dise de m'en aller. Elle ne faisant rien que tripoter mon dossier. Je n'avais pas non plus l'impression quelle ne connaissait pas son job, mais elle ne voulait rien faire. Puis au bout du compte, sans que je sache pourquoi, elle me dit brutalement, de trs mauvaise gr‰ce : bon, je vais vous inscrire ! Et elle pianota sur son ordinateur. Elle reconnaissait enfin mon droit ˆ l'inscription, et sa responsabilitŽ en la matire. Sur le fait, le tŽlŽphone sonna. C'Žtaient les ftes de fin d'annŽe dans deux ou trois jours. Elle en parla longuement avec une amie ou de la famille, comme si je n'existais plus. Elle raccrocha, termina l'inscription et conclut que je serais convoquŽ ˆ nouveau, dans un mois, par un autre service. Belle perspective ! Je pris congŽ, et pour ne pas partir sur une rancÏur, lui souhaitais de bonnes ftes de fin d'annŽe. Ë ces mots, une mŽtamorphose se produisit ! D'acari‰tre, son comportement devint subitement doux et compatissant : Ah ! mais c'est ˆ vous qu'il faut plut™t souhaiter une bonne fin d'annŽe. EnfinÉ si vous en avez la possibilitŽ. Comme l'atmosphre se dŽtendait au bout de prs d'une heure, voyant sa gne je voulus dŽdramatiser et plaisanter en disant : ne vous inquiŽtez pas, je ne vais pas me suicider. Sinon je l'aurais dŽjˆ fait ! Et lˆ, je vis l'Žpouvante passer dans ses yeux. Elle s'Žtait compltement figŽe. Elle rŽalisait sans doute ce qu'elle venait de faire et sa responsabilitŽ, ou plut™t son acte irresponsable qui aurait pu, chez un ch™meur fragilisŽ, conduire ˆ l'irrŽparable"É

 

Arrtons lˆ cette anecdote un peu longue. D'autres tŽmoins ayant entendu ce ch™meur raconter ses avatars, ont trouvŽ qu'il "cognait un peu trop" sur un fonctionnaire impuissant. Des situations limites mettent cependant en lumire des attitudes, que les analyses rationnelles ne permettent pas de cerner suffisamment. Ce n'est pas le procs d'une personne, ni meilleure ni pire qu'une autre, qui est fait ici. Mais par ce biais nous essayons de comprendre ce qui l'a conduit cependant ˆ faire preuve de tant de mauvaise volontŽ, puis ˆ avoir un sursaut de conscience. En d'autres termes : quelle est sa propre douleur pour agir ainsi ?

Nous ne pouvons Žvidemment pas tre ˆ la place de ce seul individu, mais si nous faisons le parallle entre les comportements de ceux que nous rencontrons et qui travaillent ˆ l'Assedic sous la pression invisible du"monstre fiscal", et les agents pour l'emploi, qui ne sont pas sous la coupe de cette culture maison trs guerrire, pour utiliser un terme propre au secteur privŽ, nous voyons une trs nette diffŽrence. Bien des ch™meurs, qui ne mŽlangent pas dans un tout indiffŽrenciŽ les deux organismes s'occupant du ch™mage, peroivent d'un c™tŽ une agressivitŽ plus ou moins rentrŽe, de l'autre une certaine, ou une rŽelle bonne volontŽ de venir en aide. Nous reparlerons des motivations pratiquŽes dans ces organismes pour manager, car il y a lˆ plus qu'une piste pour sortir de la fracture sociale.

On s'aperoit aussi, ˆ propos de cette anecdote, qu'il faut beaucoup de contr™le de soi pour ne pas tomber dans le pige des empoignades verbales. Et le ch™meur est souvent au bout du rouleau, parce qu'il y Žtait dŽjˆ lors de son licenciement ! Personne n'y prte suffisamment attention. C'est une Žvidence de dire que l'on traite les autres comme on se traite soi-mme. Mais une personne vivant dans le monde salarial, s'il n'en a la volontŽ, la formation, et la compŽtence, ne comprend pas le vŽcu rŽel du ch™meur.

 

Cette habitude du : "chacun sa responsabilitŽ" - forme subtilement argumentŽe de l'Žgo•sme - est si rŽpandue qu'il est difficile d'aider, tout simplement, sans se demander qui doit faire quoi ? Comme on s'aide dans une mme famille. Comme un mŽdecin consciencieux intervient pour sauver une personne en dŽtresse. Comme le cÏur nous guide pour prendre en charge le faible ou celui qui souffre. Notre culture est-elle en train de perdre cette valeur individuelle, que la solidaritŽ collective ne saurait compenser ?

 

Cette patience d'un ch™meur, n'ayant presque plus rien ˆ espŽrer, a fini par user la faade dŽfensive de son interlocutrice. Mais ˆ quel prix ! Ce travail endurant, presque inconscient, de chercher ˆ comprendre, a eu raison des conditionnements professionnels, et peut tre des souffrances Žgalement, de l'autre. Ce qui est certain, en entendant cette histoire, c'est que ce ch™meur a eu fort ˆ faire. Cette fonctionnaire restera, on peut le croire en observant ce revirement spectaculaire, marquŽe par quelque chose qui l'a dŽpassŽe. Peut-tre aura-t-elle eu un bref instant le sentiment qu'un ch™meur comprenait sa dŽtresse !É

 

On cherche des solutions - compliquŽes - au ch™mage. Pourquoi ne pas commencer par tre simple, dans nos rapports humains, pour nous comprendre ? (Nous restons toujours, ne l'oublions pas, sur le plan de l'Žtude expŽrimentale des causes et des effets, et non pas sur celui de la morale, pour trouver des remdes ˆ la douleur du ch™mage).

 

La charitŽ n'est pas toujours bien perue.

"Je suis bien content de trouver de la nourriture au Resto du cÏur, mais c'est quand mme la honte. Le gouvernement nous prend tout, et il est satisfait en plus que les contribuables en soient de leur poche pour nourrir les pauvres. C'est rŽvoltant !"

 

Ce n'est pas l'organisation charitable qui est remise en cause par ce ch™meur, mais l'attitude des corps publics. Sans doute parce qu'il ressent intuitivement qu'une grande Nation se doit de permettre ˆ ses citoyens d'tre Žgaux et libres de subvenir ˆ leurs besoins fondamentaux. Comment peut-il en tre ainsi lorsqu'une partie de la population est rŽduite ˆ demander la charitŽ, non pas ˆ cause d'une pŽnurie naturelle, d'un cataclysme - il s'agirait alors d'une vŽritable solidaritŽ exceptionnelle - mais de l'ineptie des systmes et de l'indiffŽrence de l'ƒtat ?

Mais l'ƒtat est un responsable bien mystŽrieux. Il nous faut continuer notre enquteÉ

La fin des droitsÉ en vertu de quel droit ?

Ë cette fin des droits, le ch™meur s'interroge : en vertu de quel droit ? De quel droit un ƒtat laisse faire un de ses organismes qui ne voit que sa logique comptable ? L'organisme se plaint que les caisses sont vides ; tandis qu'ˆ c™tŽ l'opulence rgne et les portes d'immeubles inoccupŽs sont fermŽes aux sans-logis. L'organisme rŽclame plus de moyens, tandis qu'ˆ c™tŽ de cela des dŽpenses en double, en triple, improductives, inutiles pour le bien de la collectivitŽ, camouflŽes, g‰chŽes orgueilleusement, et parfois malhonntementÉ sont ŽpinglŽes pour la bonne conscience, mais ne sont jamais remises en cause. On lui affirme que "l'Žtat de droit ne permet pas tout" et qu'il "faut du temps pour modifier les lois". Vrai ou faux ? le ch™meur ne croit plus personne. En attendant, il reste ŽcartelŽ entre les arguties des uns, et les palabres des autres. Certains franchissent les limites lŽgales et travaillent au noir, s'estimant en Žtat de lŽgitime dŽfense. (Ne parlons pas de ces criminels qui se greffent pŽriodiquement sur les systmes d'aide pour en dŽtourner des fonds). Ceux qui se dŽbrouillent, vous disent alors en confidence qu'ils refusent de se remettre ˆ leur compte, qu'ils ont compris et ne "veulent plus trinquer", et que la "manire dont ils vivent maintenant est finalement plus satisfaisante, mme si elle est anormale". Nous nous rappelons certainement avoir rencontrŽ ces ch™meurs-lˆ. Ils semblaient heureux dans leur nouvelle vie. En mettant donc de c™tŽ la vŽritable criminalitŽ, il est certain que le sentiment d'injustice, passŽ un certain seuil, a toujours engendrŽ historiquement une rŽvolte ˆ la Robin des bois. Ces signes sont-ils avant-coureurs d'un Žtat d'esprit de rŽsistance plus marquŽ ? L'avenir le prŽcisera.

Au terme momentanŽ de son broyage par l'engrenage, le ch™meur aura dŽmasquŽ ses bourreaux. Mais nous ne connaissons toujours pas le vrai coupableÉ

 

 

TraversŽe du mur de la peur.

Des ch™meurs vont retrouver un beau jour du travail. Tandis que d'autres prendront les places vacantes. Mais un nombre important, qui se chiffre par centaines de milliers comme l'indiquent vaguement les statistiques, va continuer ˆ s'enfoncer dans l'exclusion et pire. Nous n'en parlerons pas plus. Par dŽcence.

Les exemples deux travailleurs, aux antipodes l'un de l'autre, en apparence, nous permettent de transcender cette difficile condition d'abandons successifs, que conna”t le ch™meur.

Le premier est ce chiffonnier du Caire dont parlait un jour SÏur Emmanuelle [4], avec beaucoup de tendresse et de bonheur. Cette surprenante religieuse disait, ˆ peu de chose prs :

C'est extraordinaire comme ces chiffonniers sont heureux et joyeux lorsqu'ils partent travailler le matin ! Leur travail consistant pour subsister ˆ rŽcupŽrer sur les dŽcharges ˆ la pŽriphŽrie de la ville, ce dont les citadins ne veulent plus. Et d'ajouter, avec la luciditŽ que le recul gŽographique lui permet sans contestation, puisqu'elle vit avec ces dŽshŽritŽs : Ë c™tŽ de a, il est surprenant de voir ˆ quel point les Franais sont tristes et dŽprimŽs ! 

 

Pourquoi ce paradoxe vivant ? Qu'est-ce qui abat tant les salariŽs franais ? Qu'est-ce qui, ˆ l'opposŽ, galvanise ces tres qui n'ont rien, qui sont au ban de la sociŽtŽ ? Quel enseignement le ch™meur peut-il en tirer pour lui-mme lorsqu'il se sent au bord du gouffre ? La rŽponse peut certainement lui parvenir dans le silence qui l'entoureÉ

 

            Le second exemple est cette figure quasi mythique du naturaliste ThŽodore Monod marchant dans le dŽsert, et travaillant sans rel‰che pour trouver de nouveaux spŽcimens minŽraux, vŽgŽtaux et animaux. Le modle de travail qu'il incarne et promne patiemment, sereinement, avec humour, sur les dunes infinies au coucher du soleil, reste gravŽ dans la mŽmoire de tous ceux qui en ont aperu l'image ! Image modŽlisante ! Ce personnage ne nous dit-il pas par son exemple que la passion du travail est la seule chose qui compte, quelle que soit l'ariditŽ des conditions dans lesquelles le destin nous projette ? Les pires conditions - il para”t que les dŽserts visitŽs par ce chercheur infatigable sont un enfer monotone - sont mme l'opportunitŽ pour un autre travail, un autre voyage, tout intŽrieur celui-lˆ.

Le ch™mage de trs longue durŽe, par le sentiment de solitude qu'il installe, peut aussi fournir cette mme opportunitŽ, pourvu que l'individu garde intacte sa passion de conna”tre et continue ˆ chercher inlassablementÉ

 

            Alors, pourquoi ces tres citŽs ci-dessus travaillent-ils dans la joie, en dŽpit du dŽnuement le plus extrme. DŽnuement, non pas d'un moment de gloire sportive par exemple, mais de toute une vie ? N'est-ce pas parce qu'ils ont chacun traversŽ le mur de la peur ?É Nous reviendrons sur sa signification plus prŽcise ultŽrieurement.

 

La fin des ressources du ch™meur l'entra”ne vers la fin de ses croyances : en l'Žconomie, en la justice, en la solidaritŽ, prŽcaire et rare ; mais pas en la vie.

 

           Continuons notre chemin laborieux, aprs cette ŽchappŽe crŽative sur le continent Africain. La situation des interlocuteurs fiscaux du ch™meur pris dans l'effroyable mŽcanique, est-elle plus enviable que la sienne ?

(Interlocuteurs dont nous cherchons toujours ˆ percer le masque Žnigmatique pour trouver le vrai coupable.)

 

 

 

 

 

 

 

Le ge™lier, prisonnier de l'engrenage.

 

 

Redresse toi !

Tout ch™meur, mme dans la nŽcessitŽ, garde profondŽment gravŽe dans ses chairs la marque de la peur du redressement fiscal. Ce fer imaginaire, hŽritage de l'inconscient collectif, lui fait courber l'Žchine.

"Si on commence ˆ se dŽfendre de bonne foi, on est bon pour un contr™le, et ils trouveront toujours une faille quelconque qui au bout du compte nous fera condamner".

Nous ne sommes pas surpris de dŽcouvrir que l'arme absolue de cette mŽcanique est la menace et la peur.

 

Mais une autre fracture interne marque les ge™liers. Elle les empche d'tre libres eux aussi, comme l'expliquait en confidence, il y a plusieurs annŽes, cet inspecteur responsable d'une importante brigade fiscale.

"Les dirigeants successifs parlent bien de rendre plus humains et plus transparents les rapports avec les contribuables. Ils annoncent ˆ grand renfort de publicitŽ qu'un important effort a ŽtŽ rŽalisŽ. On fait de belles lettres aux contribuables. De temps ˆ autre, il y a des opŽrations portes ouvertes qui passent ˆ la tŽlŽvision. Les hauts fonctionnaires prŽsentent un visage bonhomme, rassurant. Ils justifient par un discours sans aspŽritŽ, secrŽtŽ par des gŽnŽrations d'Žnarques, les pires contre-vŽritŽs. Grand seigneur, ils expliquent comment ils sont intervenus pour que telle entreprise soit graciŽe et puisse continuer ˆ vivre. Je ne crois pas cependant que les gens sont totalement dupes. Quant ˆ nous, par derrire, on nous donne les consignes contraires. On nous pousse au rendement ˆ tout prix. Comme dans les entreprises. On dŽveloppe notre sentiment de frustration et d'agressivitŽ. On nous remonte contre les contribuables. Ë priori, tout le monde doit tre considŽrŽ comme un fraudeur potentiel. Je ne sais pas jusqu'o a dŽboule dans tous les petits services. Mais nous, on a le maximum de pression. Nous devons utiliser toute la batterie du code, toutes les ficelles pour ramener le plus d'argent possible. S'il y a des rŽclamations, les contribuables n'ont qu'ˆ faire un recours. Comme a prend des annŽes parfois, ils se dŽcouragent bien avant nous. On est gagnants ˆ tous coups. De toute faon, on n'a pas le droit d'en tenir compte. Qu'importe les dŽg‰ts individuels ; c'est ˆ nous de gŽrer notre sommeil et notre bonne conscience."É

"En plus, je dois dire que j'espŽrais beaucoup du changement de gouvernement. Mais je m'aperois que je paye encore plus d'imp™ts moi-mme. Et quand je vois toutes ces entreprises qui fraudent, c'est rŽvoltant ; c'est la haine ! Ce travail est excessivement frustrant."É

Tout en parlant de son mŽcontentement, il Žcoutait d'une oreille furtive son Žpouse, elle aussi inspectrice. Elle parlait de son c™tŽ, de ses difficultŽs et de certaines "libertŽs" qu'elle avait dž prendre pour sa propre dŽclaration. Tel un diable sorti de sa bo”te, il commena ˆ l'accuser de frauder ! Mais passons sur les dŽtails !É

Le rŽflexe de dŽlation n'est pas loin ! Il n'y a pas besoin de remonter beaucoup dans l'histoire, pour s'apercevoir que les germes de la barbarie sont comme les mauvaises herbes.

C'est bien un vŽritable clivage moral qui est entretenu chez ces salariŽs publics. Il est ŽrigŽ en mŽthode de management. La frustration permanente, l'agressivitŽ ˆ fleur de peau, sont des ŽlŽments de dŽsagrŽgation trs lente de la personnalitŽ. Sur quoi peuvent-ils dŽboucher ? Les grands slogans syndicaux habituels sur le thme de justice fiscale pour une justice sociale parviendront-ils encore longtemps ˆ ressouder artificiellement ces sentiments ŽclatŽs ? On peut s'interroger sur la responsabilitŽ d'une sociŽtŽ qui laisse faire cela, sans doute par ignorance, tant aux dŽpens des salariŽs internes qu'externes au systme administratif. Non au titre de la morale, mais des consŽquences historiques en termes de fracture sociale.

 

Mme lorsque la courtoisie se manifeste de la part de ces agents, le naturel revient au galop.

"J'ai demandŽ dernirement un renseignement par tŽlŽphone sur mon imposition, remarque un ch™meur Elle comportait une erreur de la part de l'administration. Une des premires rŽactions a ŽtŽ de me dire : vous n'avez pas dŽclarŽ ceci ! En me souponnant d'emblŽe. En fait il s'Žtait trompŽ de ligne. Il aurait pu commencer par me demander : o avez-vous fait figurer cet ŽlŽment ?É"

Les infimes comportements, comme celui-ci, anodins en apparence, entretiennent une menace bien plus effrayante. Ils feront toujours Žchouer les consignes superficielles donnŽes par l'administration ˆ ses agents pour amŽliorer les rapports avec le public. Ces mauvais rŽflexes de soupon continuent ˆ Žlargir les fossŽs entre les individus. Et les deux groupes d'acteurs du systme en souffrent pareillement.

C'est une rŽforme totale de la faon d'tre qui est nŽcessaire !

Le ch™meur, comme tout citoyen, aperoit lˆ le masque bonhomme trompeur des complices. O est donc le coupable ?

 

 

Un quart de sicle bien tard !

            Il y a un quart de sicle, certains s'en souviennent, un de nos gouvernants nous surprenais en annonant : "Tous les Franais sont prts ˆ payer plus d'imp™ts". Il est vrai que les manuels de droit et d'histoire fiscale enseignent "qu'il n'est d'imp™t que le peuple n'accepte". Des comportements des agents fiscaux, il en Žtait peu question alors. Ë cette Žpoque, le ch™mage ne dŽferlait pas encore sur nos ttes. L'Anpe avait ŽtŽ crŽŽe un peu avant, pour protŽger les ch™meurs et les placer dans les entreprises. Toutes les difficultŽs semblaient pouvoir se rŽsoudre. Mais on n'avait pas prtŽ, semble-t-il, assez attention ˆ cet engrenage dans lequel le ch™meur allait bient™t tomber, dŽcennie aprs dŽcennie. On n'avait pas anticipŽ la logique qui devait conduire des salariŽs - riches, moins riches, pas bien riches et pauvres - sur le trottoir, ˆ la recherche de nourriture et d'un toit. Pour mesurer l'ampleur du problme, il fallut attendre de voir des cadres faire la manche dans les rues. Puis ce furent quelques annŽes d'amnŽsie. Et tout dernirement, l'opinion s'Žmut de voir que l'on refusait de loger dans des appartements vides, ceux qui ne voulaient plus de la charitŽ des centres d'hŽbergement. Ils prŽfŽraient la rue, sa libertŽ. Et l'honneur. Il fallut cette prise de conscience collective pour qu'une loi cherche ˆ rŽparer ce qu'une prŽcŽdente loi avait permis de dŽtruire !

Mme si, heureusement, bien des drames seront ŽvitŽs, cette loi arrive un quart de sicle bien tard.

 

Aurait-elle dž arriver plus t™t ? L'Histoire ne se refait pas. Le ch™mage permet cependant - comme ˆ quelque chose malheur est bon dit le proverbe - de rŽaliser un travail d'Žclairage de ces facteurs de dŽsagrŽgation de la cohŽsion sociale : rglements, lois, mais surtout attitudes des individus les votant et les appliquant.

On voit comment une toute petite idŽe, au dŽpart, il y a des dŽcennies, partant d'une intention de justice peut-tre louable, s'est amplifiŽe. C'Žtait sans compter sur les facteurs de rapacitŽ et d'Žgo•sme propres ˆ tout ce qui concerne l'argent.

 

Le parcours du ch™meur, de son licenciement ˆ son exclusion, s'il ne se rŽtablit avant, semble extraordinairement rapide au regard du temps passŽ par un individu pour gravir, ˆ l'inverse, les Žchelons professionnels et sociaux ˆ la force de son seul mŽrite et de son travail persŽvŽrant.

S'il en est arrivŽ lˆ, c'est sous la pression de cette volontŽ de pouvoir qui fait fonctionner la machine fiscale, comme elle conduit par ailleurs au dŽrglement des mŽcanismes financiers et Žconomiques. Cette force aveugle semble avoir comme brisŽ sa laisse !

 

Si nous faisons un rapide retour dans l'Histoire, cette force aveugle n'est-elle pas l'hŽritire du Pouvoir Absolu de l'Ancien RŽgime ? Cependant, ˆ cette Žpoque en apparence lointaine, le pouvoir des Fermiers gŽnŽraux n'Žtait qu'une parcelle de ce Pouvoir Absolu, avec un royal ma”tre intraitable. L'Histoire nous apprend que ceux qui s'y sont opposŽs l'ont chrement payŽ. Une RŽvolution plus tard et le progrs aidant, aujourd'hui l'argent fait le tour de la plante ˆ la vitesse de la lumire. Et le pouvoir errant qui en use est un fieffŽ rusŽ ! Les hommes qui endossent une responsabilitŽ dans les hautes sphres de l'argent ne sont pas nŽcessairement conscients du joug de cette volontŽ de pouvoir, mais peuvent en tre eux-mmes les victimes. Parce qu'ils ont une faille ˆ leur cuirasse : l'orgueil.

Pour prendre un exemple de ce joug inconscient, plus ˆ la portŽ de nos vŽcus de salariŽs, nous nous rendons compte parfois, aprs quelques mois passŽs dans une nouvelle entreprise, que nous avons certains comportements qui ne nous appartiennent pas. La culture d'entreprise nous a fait endosser sa livrŽe ˆ notre insu ! Par exemple, lorsque nous utilisons un jargon qui ne nous est pas familier et qui n'apporte rien de plus aux discussions. Ou que nous adoptons des rŽflexes, des manires de penser [5]É pour faire comme les autres.

Avec la volontŽ de pouvoir, nous tenons le mobile. Le coupable n'est pas loin !

 

 

            Janus aux deux visages.

            ConsidŽrons ces deux parties du corps de l'ƒtat : l'une chargŽe de prŽlever de l'argent, sous l'emprise de mŽthodes dŽtruisant certains groupes sociaux comme les ch™meurs ; l'autre essayant de panser tant bien que mal les plaies de ces groupes d'individus rŽduits ˆ l'exclusion. Nous pouvons tres frappŽs par le comportement antagoniste d'un corps unique, l'ƒtat ! Comme si d'une main nous frappions un tre cher, tandis que de l'autre nous lui caressions gentiment l'Žpaule. S'il s'agissait d'un malade, un mŽdecin dirait qu'il a un dŽdoublement de personnalitŽ grave !

La fracture existant entre les ch™meurs et l'administration est en quelque sorte incarnŽe par ce personnage de JANUS au double visage : l'un fŽminin, consolant ; l'autre guerrier, dissimulŽ ˆ l'arrire, au regard froid et vengeur. (Ce symbole qui concerne notre champ particulier de recherche peut s'Žtendre ˆ bien d'autres domaines sociaux).

 

Mais alors, la rŽduction de la fracture sociale peut-elle s'opŽrer si ses plus hauts dirigeants la conservent entre eux ?

La fracture sociale, venue du peuple, s'est rŽvŽlŽe progressivement au travers des Žlections. Puis cette fracture s'est gravŽe au fronton de l'ƒtat, par ce JANUS incarnŽ en deux ministres ennemis. Maintenant, son pouvoir modŽlisant pŽrennise les comportements de clivage. Les citoyens, fonctionnaires et salariŽs du privŽ, s'en inspirent sans mme s'en rendre compte. Ils l'imitant automatiquement, dans leurs actes professionnels et personnels ! Toute la sociŽtŽ se dŽbat ainsi dans un cercle vicieux. Et seul un effort conscient lui permettra d'en sortir.

 

C'est une question qui transcende une simple revendication des peuples pour moins d'imp™ts, ou pour la suppression de l'imp™t sur le revenu. Elle ouvre des perspectives historiques sur l'avenir de la future Civilisation que nous appelons de nos vÏux, et sur une nouvelle manire de gouverner. Au fait, nous pouvons nous demander si AndrŽ Malraux y pensait, lorsqu'il parlait du XXIe sicle ˆ venir ? Un de ses biographes pourra-t-il un jour rŽpondre ˆ cette question ? Peut-tre cette considŽration est-elle encore trop lointaine pour celui qui souffre au quotidien du ch™mage ? S'il pense cela, c'est sans doute parce que la composante temps lui semble hors de mesure. Nous reviendrons sur ce sujet essentiel, dans la deuxime partie, pour que l'espoir puisse s'appuyer sur le concret.

Nous pouvons voir dans ce JANUS, celui qui a perpŽtrŽ ce crime d'exclusion sur le ch™meur. Y a-t-il d'autres responsables ? Un suprme Grand Fautif ?

 

 

Il va sans doute tre temps que le "Grand Fautif" invisible, nommŽ le LŽgislateur, se rŽveille de son songe brumeux idŽaliste, ou de son sommeil trop lourd. Et se penche sur la condition pratique des ch™meurs. De tous les ch™meurs. Qu'il fasse cesser ce clivage. Qu'il reprenne en main ce Pouvoir fiscal vagabond qui fait tant de dŽg‰ts dans les rangs des plus faibles.

 

Mais au faitÉ, qui est-il, ce LŽgislateur ?É

Sinon l'Žmanation de nous-mmes !

 

Bien sžr, il existe des juristes qui Žlaborent le Droit. Mais le citoyen, par l'intermŽdiaire de ses reprŽsentants Žlus, peut exercer un pouvoir. Il l'exercera d'autant mieux qu'il ne se laissera pas tromper par les idŽes fausses concernant un fallacieux sentiment de "justice fiscale". Un court instant, il y a quelques annŽes, un PrŽsident de l'AssemblŽe nationale se dressa pour parler de cette nŽcessitŽ de recadrer le pouvoir fiscal de manire plus dŽmocratique. On dit mme qu'alors un frisson balaya l'Žchine de l'Administration ! On se demande pourquoi, si elle Žtait vraiment au service des citoyens, avaient-elle ˆ craindre la transparence. Mais les corporatismes, les vieilles habitudes, sont longs ˆ user.

Les ch™meurs, comme les non-ch™meurs, reprŽsentent sans doute la force nŽcessaire pour aider ˆ la transformation de la fiscalitŽ. Aucun groupe dirigeant ne le pourra jamais ˆ lui seul. Sans un rŽveil de l'opinion, la "grande rŽforme fiscale" sera toujours ce facŽtieux serpent de mer, agitŽ pour masquer les impuissances et Žgarer les peuples. On comprend alors l'intŽrt de certains de ne pas Žduquer l'opinion publique !É

Si le JANUS au sommet de l'ƒtat est le responsable du crime, ne sommes-nous pas, en tant que citoyens, les commanditaires inconscients du forfait qui a conduit tant de ch™meurs dans l'exclusion et la pauvretŽ ?

L'Žnigme Žtant rŽsolue, le travail peut continuer.

 

 

 

 

 

QUEL GåCHIS !

 

Les dŽmocraties se demandent bien comment se rendre ma”tresses en douceur de cette volontŽ ˆ l'Ïuvre dans l'inexorable mŽcanique fiscale dont nous parlons depuis le dŽbut de ce chapitre.

Cependant, les ch™meurs immobilisŽs par cet argent qu'on leur a ravi, ne sont-ils pas comme des sentinelles ? Ils veillent et pointent les abus de cette volontŽ de pouvoir vagabonde, rapace et Žgo•ste. Par le regard qu'ils portent, lˆ o le salariŽ ne voit pas tout, ne contribuent-ils pas ˆ apporter une certaine lumire dans la conscience collective ? D'abord sur les effets antiŽconomiques. Ensuite sur les effets antisociaux. Enfin - ce point est plus subtil ˆ saisir - sur les effets contre la libertŽ de conscience individuelle. Illustrons simplement les deux premiers points par quelques exemples.

Un g‰chis de compŽtences

Si l'entreprise a mis ˆ la rue des millions d'ex-salariŽs et ne permet gure leur retour en son sein, l'installation de ces individus ˆ leur propre compte est considŽrablement freinŽe par l'immobilisme fiscal et administratif. Cela concerne les ouvriers comme les cadres.

Par exemple, un forgeron partant ˆ la retraite remarque, dŽsolŽ, qu'il n'aura pas de successeur pour continuer son activitŽ rurale : "Mon aide ne veut pas se mettre ˆ son compte et reprendre mon affaire. Pourtant il est compŽtent. Mais il a peur de toute la paperasserie et des dŽmarches administratives. ‚a lui semble insurmontable. Il prŽfre aller s'inscrire au ch™mage."

 

            Le chemin que doit suivre un postulant ˆ l'installation ˆ son compte est un vŽritable parcours du combattant. Tout se dresse pour le dissuader de travailler en indŽpendant. Et les conseils administrŽs dans les divers organismes, par des dipl™mŽs trs gentils mais parfois bien trop jeunes et sans expŽrience personnelle de l'entreprise, sont le plus souvent d'un manque de sens pratique surprenant.

Ë l'opposŽ, le conseil avisŽ de l'expert-comptable attire vivement l'attention du postulant ˆ la crŽation d'entreprise pour qu'il ne s'installe pas avant d'avoir au prŽalable un carnet de commande fourni ou des clients potentiels sžrs :

"Les compteurs de l'administration se mettent en route dŽs la premire minute et les mois passeront plus vite que vous ne le pensez. Ne comptez pas sur des exonŽrations ou des dŽrogations. Il vous faudra payer. Et vous aurez dŽposŽ le bilan avant d'avoir commencŽ".

 

            Mais comment prospecter sans statut officiel, sinon en faisant des pirouettes ? Les ch™meurs ne peuvent se prŽsenter en disant : je suis ch™meur alors faites-moi confiance. Si je suis ch™meur, d'ailleurs c'est parce que j'ai rŽussi !

Il y a lˆ un non-sens insoutenable. Personne ne semble le relever !

 

Il n'est peut-tre pas nŽcessaire d'ŽnumŽrer tous ces obstacles. Simplement, ne serait-il pas plus agrŽable de vivre avec des formalitŽs rŽduites ˆ l'indispensable ? Les ƒtats-Unis, en particulier, auraient beaucoup d'enseignements ˆ nous apporter en ce domaine. Lˆ o nous perdons parfois des mois ˆ contr™ler, stŽrilement de surcro”t, eux rŽsolvent le problme en une heure. L'esprit de libre entreprise fait la diffŽrence. Ë l'heure des Žchanges intercontinentaux entre les administrations, des stages seraient bien profitables !

 

 

L'erreur magistrale

Toutes les attitudes administratives concourent ˆ freiner au maximum la crŽation de professions indŽpendantes et de toutes petites PME. En considŽrant les petites entreprises en crŽation, comme si elles Žtaient dŽjˆ de grosses firmes. En entretenant l'idŽe que toutes les professions libŽrales, les petits commerces fraudent. En multipliant les contr™les fiscaux individuels pour trouver encore plus de centimes, et accrŽditer l'idŽe que tous les citoyens sont sous surveillance, ˆ l'instar des Žcoutes tŽlŽphoniques dans les rŽgimes totalitaires.É

L'erreur magistrale est de confondre la motivation d'un individu et la motivation dans les sociŽtŽs.

Le particulier aspire ˆ l'accession ˆ sa libertŽ socioprofessionnelle. Il recherche la valorisation personnelle et la reconnaissance. La puissance fiscale lui nie cela en "l'imposant" - le mot est significatif - sans rŽelle souplesse. Ë l'opposŽ, la motivation de cadres supŽrieurs de grandes entreprises est de "jouer" avec l'argent et les contraintes administratives, comme d'un jeu d'Žchec, et d'en sortir lŽgalement vainqueur. Soutenus par de puissants juristes et experts de toutes sortes. Ce dont ne dispose pas l'individu isolŽ. Il y a une disproportion entre les moyens juridiques, inquisitoriaux, rŽpressifs et de menace de l'Administration fiscale et ceux quasi-inexistants du simple citoyen, qui est proprement anti-dŽmocratique.

(Ce jeu pouvant conduire ˆ des dŽviations, qui tombent ensuite Žventuellement - pas toujours - dans l'illŽgalitŽ ou la criminalitŽ, les contr™les des entreprises et non des individus, se justifient alors, mais alors seulement).

 

Si l'administration impose en force plus de rgles au travailleur indŽpendant, que les entreprises n'en font subir aux salariŽs, quelle motivation l'individu a-t-il pour s'installer ˆ son compte ?

Nous hŽsitons ˆ nous poser une question qui touche aux fondements de la Civilisation. Un certain Žtat d'esprit technocratique, mal inspirŽ par un dŽsir de voir la totalitŽ des acteurs sociaux rŽgis par un schŽma unique, chercherait-il ˆ les pousser vers un retour dans les entreprises ?É Que fait-on alors des autres ?É Les pŽriodes lugubres de l'Histoire sont toujours prtes ˆ se rŽpŽter !

Mais ce retour devient de plus en plus impossible ˆ celui qui cherche ˆ conquŽrir une libertŽ dans l'exercice de son travail.

Ne prŽfŽrera-t-il pas alors, dans un refus catŽgorique, ch™mer ? Et "s'asseoir au bord du fleuve, en regardant dŽfiler le cours tumultueux des Žvnements "É Chacun a certainement des exemples dans son entourage de ces tres en rupture de la sociŽtŽ. Le cinŽma des annŽes 60-70 nous en avait dŽjˆ montrŽ des prŽmices, si nous nous en souvenions bien.

 

Pendant ce temps, paradoxalement, tous les Žlus, tous les experts, s'accordent pour dire que le tissu de PME sera celui qui absorbera le ch™mage dans l'avenir. Et Žgalement, que la France est un des pays o ce tissu est le plus sous-dŽveloppŽ !

Il y a lˆ un autre non-sens insoutenable. Personne ne semble vouloir en parler !

 

Mesure d'ensemble motivante pour le ch™meur.

L'engrenage fiscal semble parfois, par exception et avec la bŽnŽdiction de l'Administration europŽenne, un moment bridŽ. Des zones franches ont ainsi ŽtŽ crŽŽes pour motiver - espŽrait-on - des individus ˆ s'y installer. Aprs quelques annŽes d'expŽrience, le constat, laconique, est trs mitigŽ. Pourquoi ? Cette niche fiscale servant ˆ rŽgler un problme sectoriel d'insŽcuritŽ n'avait-elle pas assez d'ampleur d'esprit ? Tous les autres ch™meurs restŽs en rade rendaient-ils cette mesure dŽrisoire, et la privaient-ils d'une dynamique d'Enthousiasme National ? Ces zones crŽŽes au dŽtriment d'autres qui profitaient dŽjˆ de ces avantages, dŽshabillant Pierre pour habiller Charles, Žtaient-elles condamnŽes par la perversion mme de ce tour de passe-passe technico-politique ? (Par ailleurs totalement inaperu il y a quelques annŽes, sauf de ceux qui ont ŽtŽ un peu plus dŽgožtŽs de s'installer ˆ leur compte).

Nous le savons : il n'y a pas de mesure d'ensemble motivante pour tous les ch™meurs et s'adressant spŽcifiquement ˆ eux, et non aux seuls employeurs. Mais surtout, le contentieux inconscient avec la puissance fiscale et administrative est tel, semble-t-il, que rien ne veut se b‰tir sur ces bases. Cela ressort des discussions avec des ch™meurs qui pourraient crŽer leur activitŽ, mais ne le veulent pas et rŽsistent. Comme ces salariŽs, ŽvoquŽs au chapitre prŽcŽdent, rŽsistent contre des conditions de travail qu'ils n'admettent pas et finissent par se faire licencier.

La plaie de la comptabilitŽ analytique du temps.

           Si le ch™meur ne veut pas se rŽengager totalement dans l'entreprise, alors faut-il crŽer des solutions qui lui donnent du temps libre ? Temps partiel, mi-temps, temps partagŽ, etcÉ? En demandant ˆ ceux qui expŽrimentent ces formules ce qu'ils en pensent, il conviendrait peut-tre de diffŽrencier ceux qui, en entreprise, font ce LIBRE CHOIX, et les ch™meurs pour qui cela ne reprŽsente parfois qu'une solution bancale, imposŽe par la nŽcessitŽ.

L'aspect, peut-tre le plus intŽressant pour l'avenir, est la recherche d'une souplesse des horaires, bien qu'elle soit toute relative et vite figŽe. Ne va-t-elle pas nŽanmoins dans la tendance ˆ profiter du progrs scientifique pour libŽrer l'individu qui souhaite se consacrer ˆ des valeurs non exclusivement Žconomiques ; ˆ plus d'ætre que de bien-tre ?

 

Cependant, on s'aperoit que ces solutions temporelles gŽnrent bien des rŽsistances, savamment argumentŽes. Parmi ces rŽsistances notons en une qui ne montre pas aisŽment le bout du nez : la peur de perdre le pouvoir sur les individus. Ce qui s'exprime, par exemple ˆ propos du temps partagŽ (d'un salariŽ entre plusieurs entreprises), par la fausse objection principale des patrons : le "manque de confidentialitŽ". Argument purement subjectif, si l'on sait comment fonctionne vraiment la confidentialitŽ en entreprise. On se berce de beaucoup d'illusions ˆ ce propos. Mais cette analyse nous Žloignerait du sujet.

Le pouvoir rŽel, par adhŽsion, ne s'obtient-il pas en donnant le temps ; non en le prenant ? C'est lˆ une question d'ƒthique de management. Cette libertŽ favorise la rentabilitŽ, contrairement ˆ l'opinion rŽpandue.

 

Pour un ch™meur, aspirant ˆ se libŽrer compltement de l'emprise du commandement, ces solutions ne peuvent cependant pas tre satisfaisantes. Seul le statut de travailleur indŽpendant peut lui convenir. Ou bien, si l'aventure en solitaire n'est pas sa forme d'esprit, de salariŽ dans une petite entreprise neuve, crŽŽe ˆ partir d'un projet encore plus ou moins commun et ˆ dimension humaine.

 

De tous ces temps de travail, il faut retenir en dŽfinitive leur lien comptable avec le salaire. C'est lˆ que salariŽs et employeurs se retrouvent pour s'estimer perdants !

Pourquoi cette volontŽ de toujours chiffrer les temps de travail ? On la retrouve mme dans les factures des prestataires de service de qualitŽ, que leurs clients pressent de se justifier. Cela devient un total non-sens puisqu'il n'y a pas de pointeuse chez eux ! Peut-tre ne sait-on plus apprŽcier suffisamment la qualitŽ du travail ? Peut-tre l'engrenage fiscal trouve-t-il un cousin et alliŽ en entreprise, avec la comptabilitŽ analytique, pour accentuer son pouvoir ?

Ces solutions temporelles restent nŽanmoins des jalons encourageants du Futur.

 

 

La source la plus rapide de "l'extermination de la libertŽ individuelle".

La dŽsagrŽgation de la condition de vie, et plus ou moins de la personnalitŽ, conduit les individus menacŽs, ˆ condenser, en retour, une fantastique Žnergie dŽfensive dans un "rŽservoir" invisible. Une sorte de bouteille de Leyde, dont on sait que sa dŽcharge produit les rŽvolutions. Cette Žnergie n'est pas constructrice puisqu'il s'agit de diverses formes de haine, de dŽsespoir, de ressentiments violents, que les individus ont ŽprouvŽes lorsqu'on leur prenait l'essentiel ˆ la vie.

Ce vase reste lˆ ; alimentŽ inconsciemment

en permanence par des millions de personnes !

 

Les poussŽes de violence dŽlinquante que notre sociŽtŽ conna”t n'en sont mme pas les soupapes de sŽcuritŽ ! Elles sont d'une autre nature, semble-t-il puisqu'elles ne s'alimentent pas de la rupture avec le travail salariŽ, ou de son impossibilitŽ, mais de pulsions criminelles. Des ch™meurs peuvent tres embrigadŽs dans les rangs des dŽlinquants, mais ce n'est qu'un phŽnomne a posteriori.

 

Que va devenir ce "vase de Leyde" ? Quelles mesures la sociŽtŽ tout entire prendra-t-elle ? Ce problme est d'autant plus prŽoccupant que les ch™meurs sont des gens silencieux et paisibles en apparence. Le feu est difficile ˆ mettre aux poudres, si l'on se rappelle leurs rares occupations de locaux administratifs de ces dernires annŽes. Cependant, lorsqu'ils se dŽgageront des illusions qui les abattent, pourront-ils ma”triser tous ces contentieux accumulŽs ? Les non-ch™meurs leur tendront-ils la main ˆ temps pour Žviter cela ?

Il faut espŽrer d'abord qu'ils se libŽreront des illusions concernant le ch™mage, car c'est le sens d'une vraie dŽmocratie.

D'autre part, qu'ils permettront d'accŽlŽrer une rŽvolution tranquille de nos mÏurs, c™te ˆ c™te avec de nombreux non-ch™meurs.

 

L'enjeu de cet argent prŽlevŽ est en principe : la domination du ch™mage. Mais elle alimente de fait la mŽcanique la plus rapide de "l'extermination de la libertŽ individuelle". [6]

Il existe ˆ propos de cette menace un parallle saisissant lorsqu'il est peru dans sa continuitŽ synthŽtique, allant de l'Žconomie ˆ la fiscalitŽ.

- Le monde Žconomique procde ˆ la "suppression" de ceux-lˆ mme qui constituent sa richesse vive humaine, son potentiel de compŽtence.

- Tandis que le monde politico-fiscal procde ˆ la "suppression" de ceux qu'il s'est donnŽ comme ambition de secourir, et qui ont cautionnŽ sa "force de frappe" !

Il y a donc un grand besoin de pacification profonde. Elle ne peut se rŽaliser tant qu'une "menace d'extermination" plane.

 

STOìQUE TRAVAIL DE RƒSISTANCE DU CHïMEUR.

           Avant qu'un peuple ne puisse se rendre compte plus clairement des facteurs en Žvolution qui dessinent la Civilisation du XXIe sicle, il est nŽcessaire que les peurs se dissipent et que certains Žcrans de fumŽe se dispersent. Le travail de rŽsistance sto•que des ch™meurs, par leur qute pour retrouver des conditions d'activitŽ dŽcentes, par l'acceptation de jouer, malgrŽ leur volontŽ, le r™le des sacrifiŽs sur l'autel de l'inexorable engrenage fiscal, jusqu'ˆ l'exclusion, ne participe-t-elle pas ˆ l'Ïuvre collective ? Nous essayerons plus tard de comprendre un peu mieux pourquoi ce r™le ne leur est pas reconnu par la sociŽtŽ, et nous en Žtudierons d'autres axes.

 

En attendant, les ch™meurs permettent de faire tomber, un ˆ un les masques de la menace, comme nous venons de le faire sur le papier. Puis de dŽvoiler les deux faces d'un JANUS qui maintient tout un peuple dans une obscure douleur.

Ce travail sto•que dŽchire Žgalement les sophismes promulguŽs par une volontŽ de puissance indomptŽe. Un des plus grands enseignements dŽcoulant de cette confrontation du ch™meur avec le pouvoir de l'argent, n'est-il pas que le "changement de main" n'Žpargne personne, pas plus qu'avant, pas mme les pauvres ? Nous reviendrons sur ce point capital ultŽrieurement.

Les sophismes ont cependant la peau dure. "Il faut payer des imp™ts pour se sentir citoyen" affirment, derrire leur bureau, ceux qui ne vivent pas la rŽalitŽ. Comme on a bien appris la leon ˆ tous, personne ne s'Žtonne. Au nom de telles idŽes en apparence convaincantes - car le sophisme est l'art d'avoir toujours raison et de vaincre l'adversaire dans un combat sans merci -, des millions d'individus sont abandonnŽs sur le chemin. Ces sophismes sont redoutables. Car ils instillent dans notre pensŽe sans que nous nous en rendions compte ce poison redoutable : un obscur sentiment de culpabilitŽ.

S'est-on jamais demandŽ si les habitants du Kowe•t et de nombreux autres ƒtats ne payant pas d'imp™t, se sentaient moins "citoyens" de leur pays et n'en Žtaient pas fiers ? Il faut faire payer le moins possible d'imp™ts et de taxes pour ne pas paralyser la libertŽ de crŽativitŽ et d'entreprise de l'individu. Un point c'est tout ! Et si les plus vulnŽrables ne doivent pas en payer du tout, c'est aussi bien. La solidaritŽ sait parfaitement chasser le sentiment de jalousie dans ce dernier cas. Il lui reste ˆ l'apprendre dans bien d'autres situations de souffranceÉ Ë condition que JANUS ne joue pas Žternellement des vases communicants ! La manipulation des foules par des armes psychologiques ne conduira en fin de compte qu'aux dŽsastres sociaux et ˆ l'anti-rentabilitŽ, car l'inertie de millions d'individus a un COóT ! Comment des fonctionnaires avisŽs et intelligents peuvent-ils l'ignorer ?É

 

Le ch™meur est la preuve vivante de ce sophisme. C'est son travail, comme acteur social sur la scne Žconomique, de le rŽvŽler.

C'est malgrŽ tout un travail dont il se passerait bien ! Car il aspire plus ˆ partager son Žnergie et son savoir-faire - dont on ne veut pas -, avec tous les autres acteurs.

 

 

 

" L'exception du Ch™mage".

Un jour l'ennui naquit de l'uniformitŽ, dit-on. Pourquoi alors nous acharnons-nous ˆ y retomber ? Les niches fiscales sont chassŽes comme des perdreaux. Les exemptions de taxes supprimŽes. Et il faut aux dirigeants beaucoup de pugnacitŽ pour faire admettre ˆ l'Administration europŽenne des EXCEPTIONS. Pourtant l'opinion se rend compte que des libertŽs sont menacŽes par la toute puissance Žconomique, financire et fiscale.

Alors il y eut l'exception Culturelle, au grand dam des marchands. L'exception de l'Žthique de SantŽ primant sur l'Žconomie commence ˆ faire son chemin, aprs les procs retentissants que nous avons connus dans le secteur alimentaire. Mais personne ne semble se soucier de l'exception du Ch™mage ! Un peu comme si le ch™mage n'avait pas d'autonomie en soi, ou comme s'il s'agissait d'une maladie honteuse qu'il faut cacher !

Les complices de l'inexorable mŽcanique fiscale semblent, tout en se frottant les mains, se dissimuler derrire cette lacune rŽglementaire pour nier les ch™meurs. Ne faudra-t-il pas un jour prochain en parler autrement que par monosyllabes, que par exception d'exception, et traiter la question sur le fond ? C'est-ˆ-dire en considŽrant tous les ch™meurs, et non une catŽgorie aprs l'autre ; car il n'y a pas des catŽgories de malheur.

Une approche administrative de proximitŽ serait sans doute une rŽponse dŽjˆ plus satisfaisante. Mais sans autonomie dŽcisionnelle des "responsables" administratifs, comme les exemples nous l'ont montrŽ, la rŽsolution des injustices fiscales dont p‰tit le ch™meur restera toujours un vÏu pieux. Car l'Infini des situations en la matire ne se rŽsout pas au Fini des lois.

 

Et si la meule s'ARRæTAIT ?

            En fin de compte, au terme de ce voyage en enfer, ˆ quoi aspire le ch™meur ?

 

 


Ë des choses trs simples. Et au-dessus de tout, certainement, ˆ la SIMPLICITƒ elle-mme. SimplicitŽ des relations humaines, simplicitŽ des rapports avec l'administration, simplicitŽ de la bonne volontŽ, simplicitŽ de l'explication, simplicitŽ de la rŽciprocitŽ, simplicitŽ synonyme de rapiditŽ de rŽsolution des problmes, simplicitŽ des sentiments, simplicitŽ intelligente des solutions et non simplisme incontournable ou sophistication des barrages administratifs. Demande-t-il trop ?

Les anecdotes ŽvoquŽes plus haut, concernant le ch™meur et ses revenus, ses rapports avec les diverses administrations s'occupant de son cas, fournissent les orientations vers lesquelles la crŽativitŽ de chaque responsable, ˆ son niveau, peut s'exercer ; comme celle de tout citoyen, ch™meur ou salariŽ, travailleur ou oisif. Est-il besoin d'en dresser une liste ? Faut-il redire certaines aspirations du ch™meur, qui rejoignent celles du non-ch™meur ? Le tableau ci-dessous facilitera notre effort de mŽmoire.

Chacune de ces lignes pourrait faire l'objet d'un dossier ˆ part entire. Nous nous en /

 

rendons compte, le travail est gigantesque. L'intellect impatient demande : Comment ? Quelles propositions faire pour mettre en Ïuvre ces idŽes simples ?É

 

 

 

On peut toujours Žlaborer des plans sophistiquŽ ; si la bonne volontŽ est bloquŽe par les archa•smes mentaux, ˆ quoi cela servira-t-il ? Il ne s'agit pas de simples solutions techniques mais de mutation de nos faons d'tres et de penser. Il faut donc que des forces bien supŽrieures aux conservatismes soient ˆ l'Ïuvre ! Mais l'Histoire nous laissera-t-elle longtemps ignorer la demande sourde des ch™meurs ?

C'est d'eux plus particulirement que nous nous entretenons, mais en fait c'est la sociŽtŽ dans son ensemble qui aspire ˆ ces transformations humaines plus que technologiques. Pour ces dernires, nous avons dŽjˆ une belle avance. Peut-tre l'entreprise privŽe pourrait-elle inspirer les modes de fonctionnement administratif sur des thmes essentiels : la manire de manager et de motiver, en augmentant le degrŽ de confiance de tous les collaborateurs ; le dŽveloppement de la capacitŽ de dŽcentraliser et de diriger par objectifs ; la responsabilisation et l'augmentation de l'autonomie des Žquipes et des individus ; le transfert de savoir-faire, encore trop rare, en matire d'animation des groupes et d'interactivitŽ dans les rŽunions, etc.

Nous sommes loin, n'est-ce pas, des prŽoccupations de retrouver un job, demain matin ?É Peut-tre pas tant que cela !

            Le ch™meur, attendant ou recherchant un emploi, n'aspire-t-il pas au trŽfonds de lui-mme ˆ une chose primordiale concernant son niveau de vie : que la meule arrte, au moins momentanŽment, de moudre ses ultimes ressources vitalesÉ et sa rŽsistance passive ?

 

Pourquoi avoir tant insistŽ sur cette mŽcanique de prŽlvement exorbitant et de chiche redistribution qui broie les ch™meurs ?

Parce qu'elle tue toute possibilitŽ de dynamisme chez l'individu, dŽs qu'elle a franchi un seuil de tolŽrance. Et ce seuil arrive trs vite. Non seulement l'individu ne peut plus faire preuve de crŽativitŽ pour s'orienter vers de nouvelles voies, mais il est paralysŽ pour retourner lˆ d'o il vient. Parce qu'elle s'oppose au premier besoin vital qui doit tre satisfait pour qu'un individu soit motivŽ et motivable. Parce qu'elle joue sur un aspect de la peur extrmement proche de celle de la fin de toutes choses. Nous reverrons cela prŽcisŽment, un peu plus loin. Parce que c'est une absurditŽ de management de "l'entreprise France". Parce que ce mŽcanisme entretient, comme nous avons essayŽ de le faire appara”tre, une fracture essentielle au sommet de l'ƒtat. Parce que la volontŽ de puissance, qu'elle s'applique ˆ l'argent privŽ ou public, conduit de la mme manire au ch™mage. Parce que le ch™meur est une force vive contrecarrŽe, en trs grande partie ˆ cause de cet inexorable engrenage fiscal. Sa participation crŽatrice ˆ la sociŽtŽ est tarie de ce fait.

Il Žtait, de plus, difficile de traiter cette question de la fiscalitŽ sous un quelconque aspect positif - si tant est que l'on puisse en trouver un - tant la souffrance morale des ch™meurs est intense. Nous ne parlerons pas des mesures de "baisses" des imp™ts, prises en temps Žlectoraux. Elles sont de vŽritables gifles au bon sens ! Elles ne semblent mme pas

rŽveiller l'opinion passive. Le lecteur ne verra certainement pas dans cette prŽsentation

nŽgative de la fiscalitŽ, un manque d'objectivitŽ. Car il conviendra aisŽment que malgrŽ toutes les "mesurettes", le fond du problme concernant les ch™meurs demeure entier.

Les salariŽs, que les mmes craintes peuvent animer par anticipation imaginative, n'en connaissent pas toute l'horreur. Ils peuvent Žprouver d'autres sentiments dŽsagrŽables ˆ propos de leur argent, mais pour eux, la manne n'est pas tarie ou sur le point de l'tre, comme pour le ch™meur. Lˆ est la diffŽrence essentielle. Pour clore le "jeu", nous pourrions rŽsumer lapidairement les rŽponses aux questions de dŽpart :

 

Comment opre l'effroyable et inexorable engrenage fiscal ?:

Par une insidieuse "usure" aveugle et l'impuissance de ses serviteurs.

Quel est l'enjeu perverti de cet argent ?:

Le dŽsir de pouvoir absolu sur les individus.

Qui fait les frais en fin de compte de cette frappe fiscale aveugle ?:

Le ch™meur et l'exclu.

Pourquoi tout ce g‰chis ?:

Pour que naisse, aprs le dŽsastre, une Civilisation plus fraternelle !É

 

L'Žrosion fiscale n'est pas la seule raison de la dŽmotivation des ch™meurs. Cherchons maintenant ˆ distinguer plus nettement les autres grandes causes de ce qui bloque bien des reprises d'activitŽ.

 

 

 

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