Chapitre III

 

 

 

 

 

 

LES VALEURS HUMANISTES RƒƒMERGENTES

 

Les dimensions collectives du travail des ch™meurs.

 

 

 

"Le ch™mage est l'accoucheur des valeurs du travail".

 

 

 

 

N

ous arrivons au centre de la rŽflexion concernant le travail des ch™meurs. Mme s'il y a un travail individuel automatique, mme si la masse des ch™meurs participe ˆ un travail d'ensemble dans l'optique de la nouvelle Civilisation du Troisime MillŽnaire, il ne peut y avoir conscience de ce travail que par un effort de reconnaissance. Sinon, le monde immobile du ch™mage reste d'une certaine manire gommŽe dans les consciences par le stakhanovisme des temps modernes. Cet effort consiste essentiellement ˆ lire plus simplement la complexitŽ des situations que nous vivons. Cette lecture ne remet pas en cause les efforts complexes des pouvoirs publics et des autres acteurs, mais les rejoint, en en donnant un Žclairage qui concerne les bases humaines, vivantes, c'est-ˆ-dire les seules porteuses d'une dynamique au long cours. Tout l'art de cette lecture simple n'est-il pas de savoir s'appuyer sur les situations prosa•ques pour prendre un envol crŽatif puis de revenir contr™ler la rŽalitŽ de ce bref aperu synthŽtique ?

            Comme nous l'avons prŽcisŽ au chapitre prŽcŽdent, l'ensemble des non-ch™meurs a Žgalement sa part de ce travail social, novateur. Mais c'est aux ch™meurs que nous donnons notre attention dans cette analyse, pour les raisons dŽjˆ citŽes. Nous n'insisterons jamais assez sur cette unitŽ qui lie ch™meur et non-ch™meur. Car notre sociŽtŽ, par sa culture de la revendication (sans doute un sous-produit de l'aviditŽ de possŽder ; et de la peur d'tre exclu ?É), est toujours prompte, trop prompte parfois, ˆ rŽclamer : "Et moi ? Et moi ?É".

 

            Cette relecture des faits montrant le travail collectif des ch™meurs ne peut bien Žvidemment tre exhaustive. Nous en Žvoquerons quelques aspects qui sont dans l'actualitŽ, ou dont la permanence est propre ˆ la culture contemporaine. La signification des cas dŽcrits ci-dessous ne doit pas crouler sous des exŽgses infinies ; bien d'autres auteurs s'en sont dŽjˆ utilement chargŽs. Nous chercherons essentiellement ˆ comprendre la valeur ajoutŽe par le travail exploratoire des ch™meurs, en termes de prospective. Puisque nous cherchons ˆ prendre toujours plus de recul par rapport ˆ la pensŽe monoŽconomique, nous ne pointerons pas systŽmatiquement l'aspect Žconomique pouvant tre induit ˆ terme par ces travaux.

 

            Comment comprendre ce mŽcanisme de travail collectif des ch™meurs ?

            Nous en avons dŽjˆ parlŽ plus haut. Le travail s'effectue par ses diffŽrents effets irrationnels, et cependant trs effectifs.

Paradoxalement, ces ch™meurs sont prŽsents pratiquement dans l'entreprise. C'est-ˆ-dire que comme demandeurs d'emploi ils campent au seuil de l'entreprise. Mais comme acteurs virtuel, ils demeurent dans la conscience des salariŽs. Autrement dit, ils focalisent sur eux une partie de l'attention des entreprises : employeurs, syndicats, salariŽs. Et ces acteurs Žconomiques ne peuvent totalement faire abstraction de ces autres acteurs virtuels, qu'ils peuvent devenir eux-mmes un jour. C'est l'effet miroir, dŽjˆ citŽ. Cet effet, amplifiŽ par le nombre des ch™meurs, entra”ne des transformations dans l'entreprise. Nous allons en dŽtailler quelques-unes. Nous savons, en fait, que cet effet va au-delˆ de l'entreprise et touche ˆ la vie publique en gŽnŽral. Dans un chapitre ultŽrieur, nous envisagerons aussi la dimension politique.

 

            Cet effet de masse agit sur la conscience collective. Cette explication est ˆ la fois simple et parfois difficile ˆ percevoir dans ses prolongements par ceux dont cet aspect conceptuel n'est pas particulirement propre ˆ leur culture personnelle. Mais les sondages[1], tout critiquŽs qu'ils soient, nous montrent la carapace externe de cette conscience collective. Les manifestations de rue : nous en indiquent les poussŽes de fivre. Les acquis de cette conscience collective sont des preuves de son effet : par exemple le droit ˆ la santŽ, ou aux congŽs payŽs, etcÉ D'autres libertŽs sont encore ˆ acquŽrir, dont celles dŽcoulant de la reconnaissance des ch™meurs. Nous allons y revenir. Ces Žvolutions ont ŽtŽ rŽalisŽes gr‰ce ˆ l'Žducation progressive de cette conscience collective et ˆ son poids sur les choix politiques historiques. Chacun sait cela.

Il en est exactement de mme avec le travail des ch™meurs. Seulement, nous l'admettons plus difficilement. Ou plus exactement nous savons que le ch™mage change la vision du monde, mais nous ne percevons le nouveau panorama que de manire floue, globale, Žmotionnelle. Et nous sommes encore trop ˆ nous lamenter sur nos douleurs. Alors qu'il suffit d'un simple effort d'ajustement de notre vision, pour voir net. Et pour reconna”tre ipso facto que le changement s'est fait avec l'aide des ch™meurs.

Rappelons-nous enfin pour mŽmoire le poids socioŽconomique tangible du ch™mage (nŽgativement peru) : sur la diminution de la capacitŽ de consommation et l'augmentation de la charge sociale ; la stŽrilisation des savoir-faire et du dŽveloppement rŽgional, etc. Nous verrons un peu plus loin (ˆ propos de l'axe concernant l'indŽpendance du travail) que ce point de vue peut se repositiver. 

 

            L'ensemble des ch™meurs reprŽsente une sorte de base d'opŽration - comme dans une armŽe - qui sert de contrefort, de point d'appui, sur lequel s'arc-boutent les troupes en mouvement ; syndicales par exemple. Le schŽma ci-contre le reprŽsente symboliquement.

Mais, au-delˆ de ce simple effet d'assise, les ch™meurs incarnent aussi un gigantesque pivot, autour duquel toute la sociŽtŽ est en train d'exŽcuter un changement de direction dans ses choix de vie et dans sa conscience. C'est alors qu'il faut parler de Civilisation nouvelle.

Ces deux symboles de base d'opŽration et de pivot peuvent surprendre au premier abord. Mais si nous y rŽflŽchissons bien, avec un minimum d'esprit crŽatif, ces deux notions ne sont pas du tout ŽloignŽes de la rŽalitŽ des transformations de la sociŽtŽ.

 

            L'intŽgration des innombrables travaux individuels dŽcrits succinctement au chapitre prŽcŽdent, dans la perception que nous pouvons avoir d'un travail particulier de millions de ch™meurs, rŽsulte en partie de cet effet sur la conscience collective. L'identification du lien subtile entre les aspects "atomique" et "molŽculaire" du travail n'est cependant pas indispensable ˆ la comprŽhension de la rŽsultante collective. Du moins dans un travail Žcrit, nŽcessairement limitŽ. NŽanmoins, pour la facilitŽ de la lecture, nous conserverons un certain parallle mŽthodique [rappelŽ en petits caractres] entre les axes du travail individuel et ceux du travail collectif, n'excluant pas des recouvrements possibles avec d'autres axes. C'est avant tout l'Žvidence, le bon sens qui nous permettent de reconna”tre le lien entre la cause, (le travail, spŽcifique ou partiel selon les cas, de l'ensemble des ch™meurs), et l'effet en rŽsultant sur la collectivitŽ.

           

            Gardons ˆ l'esprit au cours de la description des axes de ce travail collectif, que le ch™meur en prospecte plus particulirement les aspects de travailleur indŽpendant. Tandis que les salariŽs en cernent les aspects d'organisation du travail en collectivitŽs hiŽrarchisŽes. Tous deux devant se rejoindre et se complŽter plus harmonieusement dans la perspective historique de la Civilisation du Troisime MillŽnaire. La civilisation nord amŽricaine en montre indiscutablement les prŽmices matŽrielles. L'Europe en dŽmontrera son originalitŽ propre, sans doute plus humaniste. Cette observation est intemporelle. Le lecteur est conviŽ au chapitre V de cette deuxime partie, pour ce qui concerne l'imminence plus ou moins rapide de ces transformations. Aspect temporel essentiel, toujours prŽsent ˆ l'esprit de celui qui recherche un emploi !

 

Regardons donc de plus prs quelques exemples pouvant revaloriser cette condition de ch™mage.

 

TRAVAIL DES CHïMEURS DE RƒHARMONISATION DE LA CONCEPTION DU TRAVAIL.

           

            La conception du travail est un immense sujet dont nous envisagerons cinq aspects seulement, plus particulirement en relation avec le ch™mage :

Un temps en Žvolution, pour le travailÉ

Le temps d'une production individuelle crŽatrice, en ŽclosionÉ

Le salaire, encore reliŽ de manire trs rigide au temps comptable.

"Les ch™meurs sont bien mal payŽs pour l'Ïuvre qu'ils accomplissent"

Une plus grande sensibilitŽ dans le travail.

 

Un des premiers aspects de cet axe complexe est en parallle au travail personnel de dŽcŽlŽration des rythmes professionnels, du chapitre prŽcŽdent.

           

 

Un temps en Žvolution, pour le travailÉ

Cet axe de travail peut avoir un effet sur tous les paramtres du contrat de travail : espace, temps, taches, rŽmunŽration, primes, conditions d'exercice, hiŽrarchie, mobilitŽ, clauses spŽcifiquesÉ Parmi ces paramtres, il en est un d'actualitŽ : les 35 heures.

            Une Žvidence doit nous sauter aux yeux : sans cette situation critique du ch™mage qui perdure depuis un quart de sicle, cette modification trs importante de la durŽe du travail n'aurait SANS doute pas vu le jour ˆ l'aube du XXIe sicle !

 

AmorcŽ timidement avec les 39 heures, il aura fallu presque deux dŽcennies d'immobilisation de millions de citoyens au ch™mage, pour que ce changement dans la durŽe du travail se poursuive. Bien entendu, d'autres acteurs ont aussi fait leur part de l'ouvrage, y compris ceux qui se sont opposŽs ˆ ce virage (en raffermissant la volontŽ de leurs adversaires). Mais ne devons-nous pas apporter notre reconnaissance ˆ tous ces ch™meurs anonymes, car paradoxalement ils ne seront pas les premiers ˆ profiter de ce progrs, sinon marginalement ? C'est du moins la conscience qu'ils en ont, et les annŽes ˆ venir en apporteront ou non la confirmation. Aujourd'hui, non seulement les opposants ˆ la loi annoncent qu'elle ne crŽera pas les emplois souhaitŽs, mais les syndicats, les observateurs, et les analystes plus neutres le craignent Žgalement. Ils s'expriment assez discrtement, sans doute pour ne pas entamer l'espoir des ch™meurs. Il n'est pas dans l'optique de ce propos de prendre parti pour ou contre les uns ou les autres. Remarquons simplement que lˆ encore, il y a un clivage. Il est en train de se rŽduire, mais avec une certaine violence dont nous aurions pu faire l'Žconomie. Violence que ressent le ch™meur qui observe les dŽbats dont il est exclu singulirement !

 

L'argument qui sert de point d'appui au changement, la crŽation d'emploi pour rŽsoudre le ch™mage, est sans doute bien illusoire. Alors que la mesure de rŽduction de la durŽe du travail aura des consŽquences qui vont aller bien au-delˆ de ce seul effet attendu. ConsŽquences sur une certaine dŽcŽlŽration des rythmes, sur du temps disponible, sur une amŽlioration de la productivitŽ (en agissant en particulier sur les t‰ches obsoltes, et peut-on espŽrer, ˆ terme, sur une dŽcontraction dans le travail), etc.

Des effets secondaires appara”tront : le cožt de la mesure supportŽe par la collectivitŽ (et le ch™meur ne sera pas ŽpargnŽ comme toujours !), des difficultŽs pour certains types d'entreprise, etc. Mais ils se rŽsorberont finalement. Tous ces aspects font l'objet d'analyses minutieuses de la part des diffŽrents protagonistes, et il n'y a pas la place de les envisager ici. Cherchons plut™t ˆ imaginer la finalitŽ de cette mesure pour la Civilisation en devenir.

 

Chaque camp, par ses propos, partisans bien souvent, essaie de rŽcupŽrer les consŽquences de la mesure ˆ son profit, pour Žtayer ses arguments pour ou contre les 35 heures. Et cela est normal. Par exemple, ˆ l'Žvidence historique, de la rŽduction rŽgulire de la durŽe du travail au cours des sicles, brandie par les uns, est opposŽ par les autres le dŽveloppement du travail au noir que les loisirs supplŽmentaires vont gŽnŽrer chez des individus ne sachant pas comment occuper leur temps. Mais personne ne semble chercher un sens plus constructif ˆ cette Žvolution qui s'impose un peu malgrŽ nous, notons-le, du fait du progrs technique et des aspirations irrationnelles des peuples. N'existerait-il pas un dŽnominateur commun permettant de penser la question un peu plus loin ?É

 

Le temps d'une production individuelle crŽatrice, en ŽclosionÉ

Entre un cadre ou un ouvrier, qui utilise son nouveau temps de loisir pour des activitŽs prosa•ques en apparence : bricoler, peindre ou faire du jardinage ; et d'autres salariŽs qui vont se lancer dans des occupations plus sophistiquŽes : l'informatique, le modŽlisme, entreprendre des Žtudes, ou se mettre ˆ la mŽditation zen, il n'y a en apparence aucun lien trs Žvident. Du moins si nous restons dans cette sempiternelle opposition du manuel et de l'intellectuel. Mais en rŽalitŽ, tout ce temps libre nouvellement employŽ ne va-t-il pas dans UNE direction : permettre ˆ l'individu d'accomplir une crŽation personnelle, qui ne lui soit pas imposŽe par la nŽcessitŽ Žconomique ?

 

Prenons un exemple, ŽvoquŽ prŽcŽdemment ˆ un autre titre. Le salariŽ consomme des loisirs comme un bien de consommation. Cela a un prix, parfois ŽlevŽ. Et comme il n'a pas beaucoup de temps, alors les moyens de communication moderne lui permettent de se dŽplacer rapidement. Cela entra”ne un surcožt. Cela est nŽcessaire pour rompre les rythmes de travail et procurer une dŽtente. Bien ! Mais ce besoin de fuir dans l'espace en Žtant sans cesse rattrapŽ par ce temps insuffisant qui le frustre. Nous pouvons parfaitement comprendre alors que ce besoin de temps libre reprŽsente actuellement une compensation psychologique dans la situation trouble que nous vivons. Mais cela ne permet pas ˆ l'individu un accomplissement individuel, tant qu'il considre les loisirs comme des biens de consommation.

 

En revanche, lorsque cette disponibilitŽ de temps aura accompli son effet bŽnŽfique, et lui aura permis de reconsidŽrer l'utilisation de ses loisirs dans un sens plus crŽatif, alors son vŽcu se modifiera.

Par contraste avec ces consommateurs de loisirs onŽreux, nous pouvons tre frappŽs par l'exemple citŽ au chapitre prŽcŽdent de ces randonneurs qui prennent le temps, pendant des semaines, voir des mois, de marcher tout simplement. Leurs motivations sont trs diverses. Et de nombreux recommencent annŽe aprs annŽe, malgrŽ les difficultŽs rencontrŽes. On ne peut les considŽrer comme des consommateurs ; la majeure partie de leur temps consistant ˆ avancer le long d'un chemin, en silence. Dans cette occupation de leurs loisirs, tous disent que la chose essentielle consiste en un surpassement de soi, un accomplissement personnel qui les attire. N'en est-il pas de mme pour celui qui crŽe une Ïuvre, offre un service bŽnŽvole, dans n'importe quel domaine, ou qui partage un moment privilŽgiŽ avec des compagnons, quelle qu'en soit le contenu ? Point n'est besoin de dipl™me particulier, ni d'Žducation privilŽgiŽe.

 

Ce sentiment d'une PRODUCTION INDIVIDUELLE CRƒATRICE est certainement le dŽnominateur qui donne un sens dynamique ˆ cette aspiration inconsciente des peuples, ˆ se libŽrer du joug trop pesant du temps de travail, lorsqu'il n'est que matŽriel et Žconomique.

 

L'Žpanouissement dans le travail qui est actuellement proposŽ par un monde Žconomique en guerre ne concerne finalement que peu d'individus : ceux qui sont rŽellement libres de crŽer et d'innover, par le pouvoir financier qu'ils dŽtiennent. Bien d'autres, aveuglŽs par une libertŽ conditionnelle, subordonnŽe au pouvoir hiŽrarchique directif, s'illusionnent ˆ propos de cet Žpanouissement.

Mais on peut envisager que la guerre Žconomique une fois apaisŽe, les appŽtits rŽgulŽs, l'individu trouve une possibilitŽ plus large et plus gŽnŽrale d'accomplissement dans un emploi. Soit dans un travail indŽpendant. Soit dans un cadre collectif mais plus autonome1 et moins soumis aux besoins de production quantitative, au dŽtriment du qualitatif vrai.

 

La rŽharmonisation de la conception du travail ne touche pas, bien entendu, ce seul aspect des 35 heures de la semaine de travail. Ce temps est ŽtirŽ dans tous les sens (quotidien, hebdomadaire, mensuel, annuel, voire d'une existence tout entire), comme une p‰te ˆ pain ! Lˆ encore, il existe de nombreuses analyses qui ne peuvent tre dŽtaillŽes ici. Cette rŽharmonisation peut aussi concerner tous les autres aspects du contrat de travail. [3]

 

            Cette tendance ˆ l'affranchissement du temps de travail n'est-elle pas en fait plus qu'une simple compensation psychologique ? Si nous montons un instant ˆ bord du bateau Utopia, et qu'il nous conduise ˆ des dŽcennies dans le futur, nous pourrons peut-tre rencontrer des individus plus Žpanouis dans leur travail et qui auront transformŽ une opŽrations mathŽmatique simple : de 3x8h[4], en 4x6h. Soit dans la premire multiplication : un temps pour le travail, un temps pour l'existence personnelle et les dŽplacements, et un troisime temps pour le repos. Qui deviendraient dans la seconde multiplication : les trois mmes temps, raccourcis, plus un quatrime temps pour la crŽation individuelle. Sans prŽjuger des nouvelles dimensions de cette activitŽ crŽatrice nouvelle, qui seront dŽcouvertes dans cet avenir. Il y a dans cette prŽsentation ludique une rŽflexion plus profonde qu'il n'y para”t !É

            Nous comprenons maintenant peut-tre un peu mieux le premier axe du travail collectif des ch™meurs, au travers de ce grand sujet des 35 heures. Pour un bŽnŽfice gŽnŽral du salariŽ. En termes de production crŽative individuelle et non de consommation. BŽnŽfice personnel pouvant profiter ensuite ˆ la collectivitŽ par ses retombŽes Žventuelles.

            Les annŽes ˆ venir vont aussi certainement apporter la dŽmonstration de l'inutilitŽ de chercher ˆ agir sur le temps de travail, pour rŽduire le ch™mage. Ë moins que les attitudes changent. En consŽquence, ce dernier appara”tra encore un peu plus comme un anticorps des erreurs de l'Žconomie et des idŽologies. Du moins pour ceux qui cherchent ˆ comprendre au-delˆ des passions partisanes.

Voilˆ comme une cause juste est servie par des arguments et des mŽthodes erronŽs, en apparence !É

Le salaire, encore reliŽ de manire trs rigide au temps comptable.

Abordons un troisime aspect de la conception du travail. Le ch™mage, en dŽcŽlŽrant la course aux augmentations, assouplira certainement, dans un avenir encore non prŽdictible, certaines idŽes concernant le salaire. L'Žvolution devrait concerner :

- La rŽmunŽration ˆ la qualitŽ de l'Ïuvre rŽalisŽe, plus qu'au temps passŽ, dont nous avons parlŽ prŽcŽdemment.

- La disparition de la quasi-exclusivitŽ du travail salariŽ comme source de revenu et moyen de subvenir soi-mme ˆ ses besoins. Les autres sources, en particulier issues d'un travail non directement Žconomique, ou d'un revenu nouveau pourraient trouver une place plus large dans les mentalitŽs comme dans la rŽalitŽ. Elles Žviteraient ainsi toutes sortes de "mendicitŽ administrative" aux individus qui sont en phase Žconomique intermŽdiaire. Le nom de ce revenu nouveau est encore incertain, comme l'Žtude de son financement. Ce sujet dŽjˆ ŽvoquŽ soulve l'opposition de bien des actifs, tant l'idŽe que l'individu ne peut rien rŽaliser de bon hors du schŽma de production traditionnel est tenace. Lorsqu'une meilleure comprŽhension du travail social, non rentable comptablement, et du travail des ch™meurs en particulier se fera, ce rŽŽquilibrage des sources de revenu sera sans doute mieux acceptŽ par l'opinion et davantage opŽratoire.

- Le dŽveloppement d'une meilleure rŽpartition entre une base salariale vitale et une part variable motivante, mieux ajustŽe aux besoins individualisŽs de l'individu.

- Nous pouvons aussi penser que la fracture, entre le Capital et le Travail, Žvoluera ˆ mesure que ce paramtre du contrat de travail Žvoluera.

De mme peut-on espŽrer que les partages de la richesse, qu'une plante gŽnŽreuse nous octroie, pourront se faire plus judicieusement, selon une ŽgalitŽ modulŽe ˆ la satisfaction de l'tre, et non sous la pression des idŽologies ou de la cupiditŽ. Mais nous sommes encore lˆ dans le domaine de l'utopie crŽatrice.

 

            "Les ch™meurs sont bien mal payŽs pour l'Ïuvre qu'ils accomplissent".

            Une des idŽes qui fait le plus grand mal ˆ l'ensemble des citoyens est cette petite phrase si facile et fratricide que nous ne cessons d'entendre ; rayons-la de notre esprit :

Les ch™meurs prŽfrent tre payŽs ˆ ne rien faire qu'ˆ travailler !

De telles idŽes scandŽes en privŽ ou en public par des milliers d'individus, finissent rapidement par conduire tout droit aux pires formes d'extrŽmisme, d'exclusion ; antichambres du racisme !

Nous entendons pourtant souvent cette phrase rŽpŽtŽe par des personnes trs modŽrŽes, et mme affichant un engagement religieux sincre. Il n'est pas utile d'approfondir l'origine d'une telle attitude intolŽrante ; elle fait partie des pulsions cruelles primitives.

Aprs avoir reconnu l'Ïuvre du ch™mage, d'enfantement de la nouvelle Civilisation, l'individu sincre rŽpudiera dŽfinitivement cette idŽe. Il aura reconnu qu'elle fait partie de cet arsenal guerrier du discours polŽmique produit par une attitude mentale critique.

 

Il pourrait alors mieux comprendre et tolŽrer que certains prŽfrent parfois la "misre" d'une dŽpendance par la charitŽ ; ˆ une autre forme de "misre" d'une dŽpendance par la peur sur le lieu de travail. Il en viendra peut-tre ˆ comprendre pourquoi des groupes de penseurs cherchent alors ˆ changer ces deux formes de misre, en ouvrant le monde occidental ˆ de nouveaux concepts, tels que ce "revenu de citoyennetŽ". Souvenons-nous, il n'y a pas si longtemps, la SantŽ pour tous n'existait pas ; les femmes ne votaient pas ; elles ne pouvaient avoir un compte en banque, etc.

 

            Une plus grande sensibilitŽ dans le travail.

            Abordons le dernier aspect de la conception du travail. La modification de la perception des r™les de l'homme et de la femme par le ch™mage, ŽvoquŽe au chapitre prŽcŽdent, a un lien moins apparent avec la place grandissante de la femme dans l'entreprise. Mais on peut s'interroger sur le parallle : entre la plus large part que l'entreprise commence ˆ faire tout doucement ˆ la solidaritŽ nouvelle nŽe du ch™mage, et la sensibilitŽ que la femme peut introduire dans un monde de guerriers Žconomiques. Autrement dit, le travail de concert rŽalisŽ : par les femmes salariŽes, pour trouver leur place dans l'entreprise, et par les ch™meurs et les ch™meuses qui incarnent les consŽquences des dŽrives de l'Žconomie, assouplit le cuir dur des comportements trop virils ! Les "femmes patrons" que nous pouvons rencontrer ou entendre dans les mŽdia, confirment bien cette Žvolution. Elles introduisent sans doute Žgalement une plus grande capacitŽ d'Žcoute, que le mental masculin plus enclin ˆ convaincre en force ne permet pas toujours. Ne cherchons pas cependant la caricature qui voudrait opposer l'homme et la femme, inverser les sexes, ou cloisonner cÏur et raison. Ces deux r™les ne pourront que mieux se complŽter ˆ mesure que les attitudes en entreprise s'assoupliront. Sommes-nous encore dans le bateau Utopia ?É Ou bien les mutations se rŽalisent-elles avec cŽlŽritŽ, mais en sous-marin ?É

Ces exemples du temps, du salaire, de la place de la femme dans l'entreprise, devrait suffire ˆ illustrer cet axe trs vaste du travail des ch™meurs.

Ce premier Žclairage sur la rŽharmonisation de la conception du travail doit permettre au ch™meur isolŽ d'amorcer une renaissance dynamique. De revaloriser sa place sociale ˆ ses propres yeux, gr‰ce ˆ une reconnaissance confiante de son r™le d'acteur effectif sur le plan collectif.

 

 

TRAVAIL DES CHïMEURS SUR LA RƒCIPROCITƒ DES JUSTES RELATIONS HUMAINES.

 

Cet axe est en parallle ˆ celui du travail personnel de distanciation des fausses valeurs, au chapitre prŽcŽdent.

 

Nous abordons ici une des clŽs essentielles nŽcessaires ˆ la rŽsolution de tout clivage, comme nous l'avons vu au chapitre IV de la premire partie.

Cet axe ne correspond pas pleinement ˆ un travail effectif contemporain ; il reprŽsente beaucoup plus une potentialitŽ pour l'avenir.

            Nous vivons plut™t les prŽludes de ce travail. Or ces prŽludes apparaissent plut™t destructifs. Par exemple, nous avons parlŽ longuement de la porte vers le ch™mage : celle du licenciement. Pour faire ressortir cette nŽcessitŽ de rŽciprocitŽ entre deux tres : l'un qui subit le prŽjudice, l'autre qui essaie de le rŽparer. Et les autres qui s'en mlent, pas toujours judicieusement.

La loi impose de force un rapport qu'elle voudrait voir ŽquilibrŽ plus justement, sans y rŽussir. Chacun peut le constater. Dans cette recherche d'Žquilibre, la loi n'est cependant pas en soi mauvaise, mme si elle n'atteint pas le but fixŽ. Car elle en atteint en revanche un autre : elle donne un coup de boutoir, sans aucun doute nŽcessaire sur le plan collectif, ˆ des habitudes relationnelles erronŽes d'un bon nombre de responsables en entreprise. Elle fait muter un mode relationnel de type unilatŽral et descendant, du haut de la pyramide. Ces relations manquent trop d'un retour d'information suffisant, depuis le bas de la pyramide. La loi tend ˆ ajuster les relations dans le sens d'Žchanges interindividuels[5]. Concrtement, ce n'est pas l'autoritŽ hiŽrarchique qui est en cause, mais une comprŽhension insuffisante des besoins des acteurs du milieu et du bas de la pyramide. Ils demandent plus de pŽdagogie de la part du commandement, et aspirent ˆ une participation plus consciente au travail demandŽ.

L'approche au travers de cet exemple de la loi est nŽcessairement un peu schŽmatique, car c'est un symbole du futur des relations humaines. Non une rŽalitŽ de la culture d'entreprise, contrairement ˆ ce que beaucoup pensent illusoirement. L'information orchestrŽe ˆ l'intŽrieur des entreprises est encore essentiellement fondŽe sur une approche idŽaliste et affective, sous des couverts pseudo-rationnels, et imposŽe trs subtilement. Le juste milieu entre motivation nŽcessaire et manipulation Žtant dŽlicat ˆ maintenir.

 

Pour que les relations s'ajustent, encore faut-il aussi que la peur ne s'en mle pas ; ni une trop forte volontŽ de puissance qui la gŽnre. Ce point est rŽcurrent tout au long de nos recherches, car il est la petite clŽ - celle qu'on ne veut pas prendre en compte - des problmes : celle qui cadenasse la libertŽ individuelle.

            Bien d'autres acteurs ou groupes organisŽs Ïuvrent pour l'Žtablissement de justes relations humaines. Les syndicats en particulier y sont trs sensibles ; tout en pratiquant encore en parallle, pour certains, des mŽthodes antinomiques de lutte des classes (tout pouvoir excessif gŽnŽrant un contre-pouvoir, il n'y a pas lieu cependant de s'Žtonner de cette forme de rŽaction. Elle s'attŽnuera en mme temps que sa cause).

 

Les ch™meurs, par leur travail informel sur la rŽciprocitŽ des relations, ont une part bien spŽcifique en ce qui concerne l'Žvolution du management des individus en entreprise. Leur influence s'exerce sur les aspects les moins visibles (pressions pour une conformitŽ au groupe,É), les moins rŽglementables (la peur,É), et par lˆ les plus insidieux et nŽfastes en dŽfinitive ˆ l'entreprise (les inerties des salariŽs, finalement produites en rŽaction se chiffrent en termes de rentabilitŽ).

 

En dŽbut de paragraphe, nous notions que cet axe ne correspond pas encore ˆ un travail effectif mais plus ˆ une potentialitŽ pour l'avenir. Ce point de vue ne sera donc pas nŽcessairement bien clair pour tous les lecteurs. Il nous faut revenir au mŽcanisme des clivages et ˆ leurs deux modes de rŽsolution pour comprendre tout l'effort que notre sociŽtŽ doit encore faire pour rŽduire la fracture sociale. La troisime partie de cet ouvrage est en relation avec cet axe de travail. Nous y essaierons une dŽmarche prospective de mise en application pratique de cette clŽ des rapports humains.

 

Terminons cette vision future ˆ peine ŽbauchŽe, par un bref retour au passŽ qui illustre bien ce paragraphe. L'Žtablissement de justes relations humaines fondŽes sur la rŽciprocitŽ, a fait l'objet de bien des prŽcŽdents historiques cŽlbres. Ë l're de l'Europe, Žconomique et sociale, il n'est pas inutile de se rappeler le geste du GŽnŽral de Gaulle au lendemain de la guerre. Il tendit la main au peuple vaincu pour l'aider ˆ se relever, allant ˆ l'encontre d'une antique tradition guerrire qui voulait que l'ennemi soit humiliŽ en passant sous le joug dressŽ ˆ cet effet. On a oubliŽ cependant qu'il fut vivement critiquŽ pour cette attitude visant ˆ aider un peuple agresseur ˆ se laver d'un sentiment d'humiliation. Une partie aveuglŽe de l'opinion franaise n'en voyait pas l'utilitŽ, sans doute trop centrŽ alors sur son sentiment de revanche.

Ces justes relations doivent tre Žgalement cultivŽes dans les entreprises, et entre elles, si ces dernires veulent Žtablir une coopŽration mondiale fructueuse, et un environnement harmonieux et pacifique. Comme dit le sage axiome marketing : il faut toujours laisser une place au soleil ˆ son concurrent, faute de quoi le soleil s'Žteindra pour tous. Ce travail ne peut se faire par les seules lois ou des mŽthodes superficielles, mais bien gr‰ce ˆ la bonne volontŽ des hommes.

 

Cet axe-clŽ de travail sur la rŽciprocitŽ des justes relations humaines doit permettre au ch™meur isolŽ d'espŽrer une reconnaissance de son r™le d'acteur effectif par la collectivitŽ. Et au non-ch™meur, de pouvoir se dŽbarrasser de son sentiment de culpabilitŽ.

 

 

TRAVAIL DES CHïMEURS SUR UNE RƒGULATION DE L'ƒCONOMIE

 

 

Cet axe est parallle au travail personnel de rŽajustement des vrais besoins, du chapitre prŽcŽdent.

 

Comme cette recherche entend prendre de la distance par rapport ˆ "l'illusion collective de la toute puissance de l'Žconomie", cet axe sur l'Žconomie est juste citŽ pour mŽmoire. D'autre part, il a dŽjˆ ŽtŽ suffisamment fait allusion au travail des ch™meurs sur l'Žconomie. Le lecteur qui chercherait des repres plus traditionnels peut Žventuellement se reporter ˆ la note [6].

 

Pour garder en tte une image symbolique, qui pourrait faire contrepoids ˆ la monomanie Žconomique, ne peut-on dire que ce travail des ch™meurs sur l'Žconomie mondiale est un peu comme celui qui est produit par cette barre anti-roulis, tournant dans le sens inverse de celui o verse le paquebot, pour rŽtablir un Žquilibre partiel ? C'est donc une vision trs dynamique (qui nous Žvite la nausŽe !) que cette image vŽhicule ; contrairement ˆ la perception d'immobilisme habituellement liŽe aux ch™meurs.

Au schŽma traditionnel, exprimant une fausse causalitŽ, et que nous devons dŽfinitivement rayer de notre pensŽe :

DŽsordres ƒCONOMIQUES = Ch™mage

nous pouvons substituer le schŽma suivant. Il rŽvolutionnerait avantageusement nos mentalitŽs.


Il a ŽtŽ fait allusion au chapitre prŽcŽdent aux mouvements non-violents. La technique de rŽsistance ou de dŽsobŽissance passive consistant ˆ s'asseoir en un lieu stratŽgique pour l'occuper, a largement ŽtŽ employŽe par les masses de manifestants de tous pays. Si nous imaginons la situation des ch™meurs en France et dans le monde ne peut-on pas dire qu'ils pratiquent virtuellement cette mŽthode ? Ne s'assoient-ils pas eux aussi sur la grand-place de l'Žconomie, pour rŽsister ? ƒvidence aveuglante inaperue !É

Ce travail des ch™meurs, rŽpŽtons-le, concours ˆ la pacification de l'Žconomie guerrire et ˆ l'Žradication des "comportements de requin".

 

Cet axe spŽcifique de travail sur une rŽgulation de l'Žconomie doit permettre au ch™meur isolŽ de s'assurer que les acteurs sociaux sont aussi des acteurs de poids dans l'Žconomie et d'assumer leur r™le d'acteur effectif la tte haute dans la collectivitŽ.

 

 

TRAVAIL DES CHïMEURS SUR L'INDƒPENDANCE DU TRAVAIL.

 


  Cet axe est en parallle au travail personnel d'exploration de nouvelles formes d'activitŽ, du chapitre prŽcŽdent.

 

            Lˆ encore, une Žvidence devrait nous frapper. Comment le monde actuel de l'entreprise serait-il capable de fournir cent mille, cinq cent mille, un million de professionnels et plus, capables d'Žtoffer assez rapidement le tissu Žconomique rŽgional franais, lorsque le mouvement sera enclenchŽ ? La demande potentielle des consommateurs, la place gŽographique, l'espace faiblement concurrentiel, existent en rŽgion pour ce dŽveloppement Žconomique. Bien des mŽtiers nouveaux sont encore ˆ dŽcouvrir pour diversifier les implantations. Face ˆ ce vide en attente, les ch™meurs ne sont-ils pas les seuls ˆ offrir ce considŽrable potentiel humain, indispensable pour pouvoir permettre cette dynamique nouvelle ? Cela n'a rien ˆ voir en taille avec le projet bien dŽcevant des zones franches dŽjˆ ŽvoquŽes.

Le problme de fond n'est certainement pas le manque de pouvoir d'achat des acteurs rŽgionaux, mais le manque de confiance gŽnŽral, et le manque d'enthousiasme pour utiliser autrement l'Žpargne, comme le soulignent les spŽcialistes. Or cette confiance est particulirement menŽe ˆ mal par une administration lourde, mme lorsqu'elle s'allge ; par des attitudes suspicieuses humiliantes, mme lorsqu'elles annoncent fallacieusement un dŽsir de dialogue. Non qu'il y ait en France un manque de libertŽ ˆ proprement parler, mais plut™t une absence d'amplitude dans les rglements, auquel s'ajoute un manque d'humour et de dŽcontraction, de tolŽrance et de relativitŽ, favorable ˆ cette fameuse flexibilitŽ dont on se gargarise.

 

Certains ont pu tre frappŽs, par exemple, par des propos audacieux d'un haut responsable des libertŽs informatiques qui peuvent nous faire mieux comprendre comment la confiance pourrait se rŽtablir. Il soulignait lors d'une Žmission tŽlŽvisŽe ˆ l'automne 1999, l'importance de laisser un espace minimum pour la fraude informatique ! Car, expliquait-il, si cet espace n'existe pas, un jour futur, ce qui s'est produit lors de l'occupation peut toujours se reproduire. Un systme incontournable produirait alors des effets terribles. C'est en effet gr‰ce ˆ la possibilitŽ de contournement des lois d'autrefois, que des fausses cartes d'identitŽ, en particulier, ont pu tres imprimŽes et bien des existences sauvŽes. La dŽmocratie est ˆ ce prix, ajoutait-il.

Son analyse devrait bien inspirer, non pas l'illŽgalitŽ, mais une plus large amplitude lŽgale dans les rglements, un espace qui en serait en quelque sorte l'aspect humaniste. Sans mme qu'il soit besoin de recourir ˆ un mŽdiateur. Ce degrŽ de libertŽ manquant actuellement. Il pousse chacun ˆ se replier dans son quant-ˆ-soi.

Il est vrai que la vague puritaine qui souffle actuellement sur la justice, n'est pas propice aux initiatives des fonctionnaires. Ni mme ˆ celle des dŽputŽs. L'idŽe d'une "fourchette d'apprŽciation" est cependant dans l'air, comme nous font augurer les propos de ceux qui rŽflŽchissent ˆ l'Žvolution nŽcessaire de la justice. L'idŽe que des juges deviennent plus responsables devant l'opinion, lorsque leurs actes entra”nent des consŽquences dramatiques pour les personnes mises en examen, ne va-t-elle pas un peu dans ce sens ? Bien que lˆ encore, l'opinion pense plus ˆ sanctionner qu'ˆ octroyer une marge de manÏuvre. Quand donc l'opinion sera-t-elle repue de vengeance ?É

 

            Une caractŽristique de ce travail des ch™meurs sur l'indŽpendance et la rŽgionalisation, consiste encore ˆ attendre en silence. Pour repositiver cette perception, ne pouvons-nous considŽrer en fait que les ch™meurs reprŽsentent un fort potentiel non seulement en attente, mais en quelque sorte en rŽserve de la sociŽtŽ ? Montrant ainsi une finalitŽ positive.

Cette analyse par l'autre bout de la lunette, table sur la possibilitŽ d'une dynamique gr‰ce ˆ un potentiel humain existant. Bien plus que sur la dŽcouverte de nouvelles "pistes" d'emploi qui, si nous voulons bien le reconna”tre, ne sont pas vŽritablement un problme pour l'ingŽniositŽ mentale.

Autrement dit l'inventivitŽ est une donnŽe intarissable, tandis que le potentiel humain est la richesse fragile d'une Nation.

Ce qui est vrai ˆ propos de la dŽmographie, nŽcessaire au dŽveloppement d'un pays, ne l'est-il pas de ces individus en rŽserve Il est Žvident que cette attente, vŽcue d'un point de vue individuel, et qui se prolonge parfois indŽfiniment, a de quoi inquiŽter et porter au dŽsespoir. Dans une considŽration collective, cette attente prend cependant un sens beaucoup plus positif, o le temps a une autre dimension. Mais nous reviendrons plus longuement sur cet aspect du temps personnel, dans le dernier chapitre.

            Cette tendance vers une indŽpendance, ou une autonomie de travail, notons-le au passage, ne s'oppose pas fondamentalement ˆ l'organisation des grandes entreprises. Elles ont depuis longtemps trouvŽ des formules adaptŽes pour diminuer le gigantisme que la mondialisation pourrait faire craindre.

Ch™meurs et non-ch™meurs Ïuvrent finalement lˆ encore pour une mme adaptation historique.

 

            Cet axe paradoxalement trs actuel et un peu futuriste de l'Ïuvre des ch™meurs sur l'indŽpendance du travail doit permettre ˆ l'individu isolŽ d'amorcer une renaissance pleine d'espoir. Par une reconnaissance non seulement de son r™le d'acteur en rŽserve de la collectivitŽ, mais aussi par la constatation Žvidente du potentiel rŽgional pouvant absorber une demande d'emplois, ˆ la hauteur de la masse des ch™meursÉ Pourvu que le verrou administratif soit dŽbridŽ !

 

 

TRAVAIL DES CHïMEURS SUR LA TRANSFORMATION DES CONSERVATISMES.

 

Cet axe est en parallle au travail personnel de rŽsistance aux endoctrinements et aux pressions diverses, du chapitre prŽcŽdent.

 

            Il est probable qu'un des plus grands dŽfis qui s'annonce pour ce XXIe sicle, concerne la transformation de l'esprit de conservation, d'immobilisme, lorsqu'il n'est plus qu'un durcissement intellectuel. N'oublions pas qu'il est un des p™les majeurs des mŽcanismes de clivage, par son effet d'empchement de l'action dŽsirŽe. La sociŽtŽ franaise fait un peu penser ˆ ces deux promeneurs sur un tandem, presque arrivŽs en haut d'une c™te, dont le premier pŽdale pŽniblement tandis que le second freine tant qu'il peut. Bien des acteurs socioŽconomiques se reconna”tront dans l'un ou l'autre de ces deux aimables cyclistes !

C'est cette tension extrme entre deux mouvements contraires qui produit une douleur morale et une anxiŽtŽ mal tolŽrŽes. Tension paroxystique rŽsultant de l'opposition entre : le dŽsir d'entreprendre librement les grandes mutations du Troisime MillŽnaire, et les freins des structures conservatrices. Ces dernires n'ont pas encore admis qu'elles n'assuraient qu'une sorte d'intŽrim depuis la RŽvolution de 1789 !É

 

Cette obligation d'Žvolution, en ce qui concerne le ch™mage, vise tout particulirement ces groupes qui ne le craignent pas : comme l'administration, comme les fratries de toutes natures. Mais elle vise aussi l'opinion publique, qui doit gagner sa libertŽ par la rŽsolution de la fracture sociale. Nous l'avons bien compris ˆ propos du chapitre sur les chassŽs-croisŽs des regards. L'entreprise en revanche, plus guerrire, est aussi bien mieux entra”nŽe ˆ la guerre de mouvement. Elle se laisse bien moins piŽger dans les tranchŽes !

 

            Nous avons soulignŽ ˆ maintes reprises que les ch™meurs, sont entrŽs en rŽsistance, il y a un quart de sicle ; et ont un impact "dŽcapant" sur le moral collectif et sur les politiques de redistribution. La conscience collective pressent bien, plus ou moins inconsciemment, qu'ils ne sortiront de leur maquis virtuel que la tte haute. Sinon, la collectivitŽ devra les supporter, en partageant la mme douleur, aussi longtemps que ces conservatismes seront trop invasifs.

Tous les non-ch™meurs qui involontairement entŽrinent ces conservatismes, en ne leur rŽsistant pas eux aussi, comme les ch™meurs, sont placŽs devant ce mme dŽfi. DŽfi que les autres ne rŽgleront pas pour eux. C'est un des aspects en particulier qui produit cette fracture sociale. Mais n'est-ce pas aussi la grandeur d'une dŽmocratie de permettre au libre-arbitre individuel de s'entra”ner de cette manire ?

            L'amour, dit Mre TŽrŽsa, s'Žpanouit dans l'action. Or qui a-t-il de plus antagoniste que l'esprit de conservatisme, pŽtrifiŽ dans sa non-action ? Sa racine est l'orgueil. Les tres s'y enferment au nom de fausses convictions, et d'une fausse image d'eux-mmes. La bonne volontŽ, des ch™meurs comme des non-ch™meurs doit bien finir par en venir ˆ bout. Non pour condamner ces hommes animŽs de ce faux esprit, mais pour les rendre libres eux aussi des conservatismes. Cette courte envolŽe vers un idŽal ne doit cependant pas nous faire perdre de vue la rŽalitŽ de base, c'est-ˆ-dire la nŽcessitŽ de remotiver un peuple au ch™mage, et un pays tout entier. Le cas concret suivant va servir d'illustration.

 

            L'actualitŽ s'est focalisŽ fin 1999 sur un outil de management particulirement douteux : les Plans d'options sur actions (stock options). Sa mise en lumire s'est faite suite ˆ la constatation d'un scandaleux licenciement, qui nous recentre bien sur la question du ch™mage. Passons sur le cas d'espce. Passons Žgalement sur les modalitŽs techniques gŽnŽrales des stock options qui n'ont pas d'intŽrt ici. La finalitŽ en revanche de cette mŽthode de manipulation est ˆ observer. L'attribution de cette rŽcompense lie des individus, remarquŽs et remarquables, au succs de l'entreprise. Il n'y a lˆ rien de critiquable, au contraire. Mais dans la pratique, bien de bŽnŽficiaires (sous rŽserve des caractŽristiques propres de la culture de leur propre entreprise) se disent sceptiques au sujet de cet "avantage" trs illusoire. Pour diverses raisons : il peut exister dans certains cas des pressions morales informelles de la part du clan des bŽnŽficiaires, pour que ces actions soient conservŽes comme un symbole et ne puissent procurer de bŽnŽfices ; ou bien, elles sont prŽsentŽes comme une distinction honorifique, dont il est dŽlicat de faire Žtat ; ou bien elles font croire au cadre supŽrieur (excluons les trs grands dirigeants) qu'il va bŽnŽficier conjointement de plus de pouvoir (parfois mme promis formellement), qui ne lui est jamais octroyŽ, etcÉ

De plus, cette mŽthode de motivation, crŽŽe en partie en rŽaction ˆ l'augmentation de la frappe fiscale des classes montantes de ce dernier quart de sicle, est dans le collimateur du pouvoir fiscal et de certains partis encore trop imprŽgnŽs de la lutte des classes.

Ce qui conduit ˆ trois effets pervers, au moins : de minimiser la portŽ motivante ; de gŽnŽrer un sentiment de frustration chez les cadres ; de crŽdibiliser la nŽcessitŽ de perpŽtuer cette frappe fiscale aveugle au nom de l'illusoire justice fiscale.7

Ce sujet des avantages financiers, en apparence ŽloignŽ des ch™meurs, est en fait liŽ au mme problme : l'attitude rigide de l'administration et des corporatismes. Si le drame des ch™meurs glissant vers l'exclusion, ŽvoquŽ ˆ propos du chapitre sur l'inexorable engrenage financier et fiscal, entame cet Žgo•sme et cette cupiditŽ d'ordre administratif et privŽ, la rŽpercussion positive pour tout le pays doit se faire sentir immŽdiatement. Et nous n'entendrons peut-tre plus alors ce mme sempiternel refrain, rŽtorquŽ par les politiques comme fin de non recevoir tout au long de ces dernires dŽcennies, au sujet de la baisse utile de l'imp™t : on voudrait bien, mais on ne peut pas !É Car la peur nous arrte en bas, ajouterait sans doute une ancienne chanson.

 

Cet axe Žvolutionniste du travail des ch™meurs sur la transformation des conservatismes, doit permettre au ch™meur isolŽ de renforcer sa volontŽ de rŽsistance. Cette reconnaissance de son r™le de gigantesque contre-pouvoir doit orienter sa pensŽe plus consciemment vers le sens de son utilitŽ sociale.

Ce contre-pouvoir est nŽcessaire aux responsables publics de bonne volontŽ qui auront le courage de restructurer les organismes, aujourd'hui inefficaces, essentiels ˆ une vie dŽmocratique. Mme si une phase d'ajustement chaotique, mais incontournable, fait suite.

Les millions de ch™meurs rŽsistants sont depuis vingt ans dŽjˆ engagŽs dans cette Ïuvre !É

 

 

 

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TRAVAIL DES CHïMEURS SUR LA RƒDUCTION DES CLIVAGES SOCIAUX et la rŽconciliation sociale.

 

Un rŽvŽlateur de la Civilisation du Troisime MillŽnaire.

 

Ce dernier axe est en parallle non seulement au travail personnel d'individualisation dŽmocratique, du chapitre prŽcŽdent, mais il synthŽtise tous les autres axes envisagŽs. Car nous retrouvons partout des modalitŽs de la fracture sociale. Pour sortir de ces clivages, tous les axes du travail individuel du ch™meur et du travail collectif des ch™meurs sont ˆ l'Ïuvre.

 

R

appelons-nous bien le sens des mots pour Žviter toute confusion : l'individualisation conduit ˆ des tres libres, Žgaux et solidaires, alors que l'individualisme caractŽrise l'Žgo•sme des personnages encore dans l'enfance de leur tre[8]. L'individualisation est un processus de ma”trise de la conscience ; l'individualisme une domination par les sentiments ŽgocentrŽs, qui isolent des autres. La confusion possible vient du fait que les masses se sont toujours historiquement opposŽes ˆ l'Žgo•sme de quelques-uns qui abusaient du pouvoir, ayant alors un r™le positif. Mais on assimile trop rapidement ces mouvements de masse avec l'expression d'une collectivitŽ dŽmocratique composŽe d'individualitŽs libres. En oubliant qu'il ne peut y avoir de dŽmocratie fondŽe sur des groupes restant encore manipulables par les dŽmagogues, qu'ils soient Žconomiques, politiques, religieux, mŽdiatiques ou autres. Tous les pays en voie de dŽmocratisation oscillent entre ces deux types de comportements collectifs, passant alternativement par des phases de grandeurs et d'immaturitŽ[9]. Aucune nation n'y Žchappe.

Essayons d'obtenir un aperu synthŽtique des cultures qui s'Žlaborent et de la Civilisation future qui se dessine, ˆ partir de l'analyse que nous venons de faire. Rassemblons des pices du puzzle.

Des clivages efficacesÉ

Un point commun des mutations plus ou moins souterraines mises en Ïuvre par tout le travail des ch™meurs est l'Žmergence spontanŽe de clivages. Ë propos des quelques axes que nous venons d'observer, reprŽcisons ces points d'application sur lesquels s'effectuent ces "quasi-pressions tectoniques" (en complŽment des exemples de clivage notŽs au chapitre IV de la premire partie).

Ces clivages sont particulirement significatifs ˆ propos des grandes mutations suivantes :

 

Rythmes forcŽs et rythmes harmonisŽs.

Faux Žpanouissement par le travail et production individuelle crŽatrice.

 

Travail quantitatif et travail qualitatif.

Fausses valeurs manipulatrices et justes relations humaines rŽciproques.

Consommation "bidulisŽe" et consommation ajustŽe aux besoins.

Monomanie Žconomique et Žconomie pacifiŽe.

 

Pressions normalisatrices et indŽpendance du travail.

Centralisme et rŽgionalisation.

 

Frappe fiscale aveugle et rŽsistance aux endoctrinements sociaux.

Conservatisme et pensŽe Žvolutive souple.

 

La sortie vers le haut de ces clivages efficaces dŽbouche finalement sur des thmes de vie, et non de destruction !É

 

Les valeurs humanistes rŽŽmergentes.

Qui peut croire que la culture du XXIe sicle ne soit que ces Žbauches offertes en triste spectacle par le cinŽma, la tŽlŽvision, les multimŽdia, l'architecture, les arts, la musique, les occupations ludiques, etc.É? Toute Žbauche ne se finalise-t-elle pas, t™t ou tard, en chef d'Ïuvre ?

Qui peut croire que ces cultures ne nous conduisent qu'ˆ une civilisation aseptisŽe et uniquement matŽrialiste ? Pas plus qu'ˆ une rverie empreinte d'une religiositŽ artificielle, coupŽ des rŽalitŽs scientifiques et esthŽtiques ? Tout flambeau de la civilisation ne se porte-t-il pas, d'‰ge en ‰ge, d'un coin ˆ l'autre de la plante ? De l'Inde antiqueÉ, ˆ la PerseÉ, ˆ la Grce antiqueÉ, et demain ˆ l'EuropeÉ, au Bassin mŽditerranŽenÉ ?

Qui peut croire que ces cultures modernes issues de la Science ne ma”triseront pas les querelles, les guerres, fussent-elles Žconomiques ou psychologiques, et ne dŽboucheront sur une longue pŽriode d'Žquilibres et de paix ? Toute guerre, fžt-elle de cent ans, ne se termine-t-elle pas un beau jour ?

 

Le destin de ce Troisime MillŽnaire n'est-il pas de renouer avec toutes les grandes traditions humanistes ? Avec toutes les Civilisations des sicles passŽs, de tous les horizons ethniques, dans tous les domaines : scientifique, artistique, spirituel, social, politique, pŽdagogique, diplomatiqueÉ? Et mme guerrier. Et mme ŽconomiqueÉ Car il est une ƒthique ou un Art de la guerre qui ne permet pas toutes les barbaries.

 

            Ces propos ne sont pas une incantation, ni une invite ˆ se conduire mieux. Ils ne sont que la brve expression d'une perception crŽative pour tenter de gommer le pessimisme qui nous Žtouffe, et que nous rencontrons encore trop souvent dans notre pays.

De fait, ces valeurs humanistes rŽŽmergentes, qui sont comme des comtes dans le ciel, ne rŽpandent-elles pas sur notre plante une pluie d'Žtoiles que nous pouvons toucher du doigt ?É

Bien des ouvrages traitent de ces cultures polymorphes du XXIe sicle qui na”t. D'autres moins nombreux essaient de deviner cet Avenir encore indiscernable de la Civilisation. Nous ne pouvons qu'inviter le lecteur ˆ s'y reporter, pour asseoir cet axe de travail du ch™meur sur des bases encourageantes, aux couleurs de l'arc-en-ciel.[10]

 

Des thmes cohŽrents pour un beau programmeÉ

            En regardant bien encore une fois ces axes de travail des ch™meurs, nous rencontrons des thmes porteurs connus ou d'autres plus novateurs. Ils nous font augurer un beau programme pour les temps ˆ venir. Et nous assurent que nous n'allons pas ch™mer ! Mme, que nous pourrons nous amuser sans perdre notre temps, pourvu que nous nous rŽconciliions avec une vraie vision du travail.

 

RŽpŽtons-nous en pensŽe, inlassablement, ces thmes d'Avenir, porteurs de la Civilisation, pour sortir de notre bulle d'anxiŽtŽ :

 

Refondation de la vie en couple et des liens familiaux.

libŽration d'un temps plus long pour la crŽation personnelle.

 

ma”trise des manipulations d'opinion.

humanisation de la communication.

 

Pouvoir des consommateurs orientant vers une meilleure qualitŽ.

Remplacement de la monoculture Žconomique par des cultures complŽ-

                                                                                              mentaires.

DŽcentralisation et reconqute des dŽserts rŽgionaux.

Tissage d'un rŽseau socioŽconomique plus conforme ˆ celui de l'Europe.

 

Expression d'une Žternelle valeur franaise de rŽsistance aux oppressions.

Restructuration profonde de l'esprit de l'Administration.

RŽpŽtons ces idŽes, non simplement comme des concepts politiques qui reprendraient des aspirations gŽnŽrales, mais aussi comme des dŽcouvertes scientifiques personnelles et collectives de nouvelles dimensions de la conscience. Chacun peut commencer ˆ les faire personnellement.

Beau programme, en vŽritŽ ! Rome ne s'Žtant pas faite en un jour, nous ne risquons pas de nous ennuyer dans cette nouvelle civilisation du XXIe sicleÉ!

Mots-clŽs de progrsÉ

Pour terminer ces ŽnumŽrations synthŽtiques capitales, voici des mots-clŽs annonciateurs de changements, qui sont ˆ surveiller comme un baromtre, et auxquels nous pouvons adjoindre, en clin d'Ïil, des sous-titres issus de la thŽrapeutique :

 

¥ CONFIANCE.

Antidote majeur de la peur.

 

¥ rŽciprocitŽ.

Principe actif de l'Žtablissement de justes relations humaines,

et de la rŽduction des fractures.

 

¥ rŽconciliation.

Effet tampon des violences.

 

¥ enthousiasme.

Vitamine de l'action,

indispensable ˆ l'esprit crŽatif et rŽcrŽatif.

 

¥ individualisation.

Ferment de la dŽmocratie.

 

Tout est dit. Mais tout n'est pas fini. La politique n'est-elle pas un peu absente de ces dŽbats ? Comment se situent les ch™meurs dans le concert des idŽes politiques rŽvolutionnaires, conservatrices ou de progrs qui agitent les pensŽes et les dŽsirs de nos concitoyens ? Il n'est sans doute pas inutile de se pencher sur cet aspect majeur, en crise lui aussi. Le chapitre suivant nous y introduit, par la porte de la crŽativitŽ.

 

 

 

 

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[1] Se reporter aux chapitres II, IV, troisime partie.

1 De nombreuses expŽriences de ce cadre autonomisŽ sont faites de par le monde, depuis des dŽcennies. Comme la "divisionalisation" de grandes entitŽs, comme les cellules de travail auto-organisŽes autour de compŽtences polyvalentes, pour n'en citer que deux bien connues. Encore bien imparfaites, ces expŽriences ne reprŽsentent-elles pas des prŽmices de cette rŽharmonisation de la conception du travail ?

2 Tous les paramtres du contrat de travail peuvent subir une influence directe ou indirecte du travail des ch™meurs. Le lecteur qui souhaite prolonger cette rŽflexion, selon la grille des motivations dŽcrite dans la premire partie, pourra trouver utile de hiŽrarchiser ce premier axe selon les cinq groupes de besoins, (et ˆ propos de quelques thmes citŽs ci-dessous comme illustration, pouvant largement s'Žtendre au-delˆ de l'entreprise). Cette grille des motivations n'est pas limitŽe ˆ ce seul axe, bien entendu.

a/ Motivation par l'argent, le confort, la santŽ et la dŽtente, la sŽcuritŽÉ

¥ Les temps et les rythmes : durŽe de travail, temps choisi, horaires, semaine de 4 jours. Mais aussi prolongements de la vie professionnelle : travail associatif, repos, loisirs, retraiteÉ

¥ Rappel : le faux problme de la "sŽcuritŽ" et de la protection du travail dans un seul emploi.

¥ Contrepartie rŽmunŽrŽe : l'individualisation des salaires, les primes, l'intŽressementÉ Mais aussi la rŽconciliation des revenus du travail et du ch™mage, le revenu de citoyennetŽÉ Le salaire parentalÉ La qualitŽ du travail ou la qualitŽ du produit ou la valeur ajoutŽe humaine.

¥ lÕart de vivre ˆ son travailÉ Etc.

b/ Motivation par l'idŽal commun, l'unitŽ de condition, l'image de l'entreprise, la morale d'entrepriseÉ

¥ FidŽlitŽ conditionnŽe, sur commandeÉ Etc.

c/ Motivation par l'esprit d'Žquipe, la convivialitŽ dans le travail, le sentiment d'appartenance ˆ un groupe, la rupture de l'isolementÉ

¥ Groupe de travail, groupe de proposition, É Etc.

d/ Motivation par la rŽcompense honorifique, les distinctions, la promotion hiŽrarchique, ou la promotion de la fonction et l'enrichissement de la tache, la reconnaissance des autres, les responsabilitŽs, d'auto-accomplissement d'affirmation de soi et individualisation au sein d'un groupeÉ

¥ Prime, stock optionsÉ Etc.

e/ Motivation par l'augmentation des degrŽs de certitude, l'information, la participation au processus dŽcisionnaire, l'espoir tangible, la rationalisation ŽtayŽe et scientifiqueÉ

¥ formationÉ Etc.

[4] (Pour les puristes prŽcisons : 3x8h autrefois, ou actuellement 7h+17h).

4 Des allusions ont ŽtŽ faites prŽcŽdemment sur la manire de conduire des entretiens de bilan de carrire, ou sur la confrontation lors d'un entretien prŽalable au licenciement. L'art et la manire de gŽrer les descentes et remontŽes d'information est aussi un domaine o bien des acteurs sociaux et Žconomiques peuvent apporter leur concours et rŽaliser encore de trs grands progrs. De nombreuses techniques prŽcises et efficaces existent. Le savoir faire nŽcessite nŽanmoins un entra”nement qui est largement insuffisant dans beaucoup de secteurs.

Nous l'avons notŽ ˆ propos des cadres de l'Agence pour l'emploi. C'est en fait tout le concept relationnel de cet organisme qui devrait muter vers une nouvelle forme de responsabilitŽ. L'approche administrative aurait beaucoup ˆ gagner si elle Žvoluait vers une approche managŽriale. En s'inspirant par exemple du concept "dÕimpresario".

En effet, comme le soulignait un ancien Directeur gŽnŽral de lÕAnpe France : " La difficultŽ cÕest que lÕAnpe tra”ne avec elle lÕimage nŽgative du ch™mage. Et lˆ, il y a des progrs ˆ faire. Si lÕAnpe Žtait davantage associŽe ˆ lÕemploi, elle serait mieux perue.  É "Bon nombre de patrons sont persuadŽs que lÕAnpe va leur envoyer des gens qui ne rŽpondent pas ˆ leurs besoins". (Michel Bon, LÕExpansion 6-19/1/94).

Or, d'une part, les demandeurs d'emploi ne font l'objet dÕaucune aide vŽritable de placement, de la part des cabinets de recrutement privŽs, pour des raisons lŽgales et de rentabilitŽ.

D'autre part, pour un certain nombre de profils, particulirement ceux de longue durŽe, ou de cadres, certaines Anpe, s'avouent mme dŽpassŽes, tant quantitativement que qualitativement. LÕApec, s'adressant aux cadres, nÕest gure plus performante. Le demandeur d'emploi reste en dŽfinitive livrŽ ˆ lui-mme dans la plupart des cas.

Les Anpe ont donc tout un champ de dŽveloppement de leur vocation de placeur qui peut s'Žtendre ˆ une conception plus responsable et motivante. Le concept dÕimprŽsario, c'est-ˆ-dire celui qui sÕoccupe de la vie professionnelle et des engagements dÕun artiste, appliquŽ aux demandeurs dÕemploi de longue durŽe permettraient ˆ ceux-ci de ne pas se sentir considŽrŽs comme des numŽros, des dossiers, mais comme des salariŽs en mutation, ayant un manager intŽrimaire, en quelque sorte, et toujours le mme. Et dՐtre dans une situation plus valorisante.

CÕest une transformation qui dŽpend dÕune volontŽ des divers responsables, administratifs, politiques et des corporations syndicales. Les cadres de l'emploi sur le terrain sont certainement preneurs d'une telle responsabilitŽ, qui enrichirait leur fonction. Encore faudrait-il faire le mŽnage, selon leurs avis, dans des taches administratives parfois ingrates et inutiles et dont ils se plaignent, souvent aux ch™meurs eux-mmes. Et un minimum d'apprentissage.

                  Pour continuer au sujet de cette Agence, et illustrer ce besoin de communication et de rŽciprocitŽ, la mme personnalitŽ dans le mme magazine s'exprimait sur les mesures fiscales et des allocations ch™mage. Ë propos du reproche fait ˆ lÕAnpe et ˆ lÕUnedic de sÕignorer, il rŽpondait : " On sÕignore et cÕest dommage. De tous les pays dŽveloppŽs, il nÕy a que la France qui ait dŽlibŽrŽment sŽparŽ lÕindemnisation du ch™mage de la remise au travail. Il y aurait pourtant de bons arguments Žconomiques pour rapprocher ces deux organisations, car, pour celui qui indemnise, le retour ˆ lÕemploi a un bŽnŽfice immŽdiat. Si les Assedic Žtaient directement impliquŽes dans la remise au travail des ch™meurs, on inventerait plus facilement des mesures efficaces". 

Depuis cette date, il semble bien que personne ne l'a entendu ! Nous avons ici un exemple prŽcis de l'inutilitŽ de dossiers techniques pour penser rŽsoudre, dans la situation actuelle, les difficultŽs liŽes au ch™mage. C'est toute la fracture sociale qu'il convient de rŽsoudre prŽalablement.

PETITE Boite de pandore FACULTATIVE. Notons d'entrŽe que ce jeu de rŽflexion alŽatoire peut crŽer une confusion, s'il n'est pas recadrŽ fermement dans une dimension humaniste, positive et optimiste. Il n'est pas non plus indispensable ˆ la comprŽhension gŽnŽrale et n'intŽressera que certains lecteurs entra”nŽs ˆ ce genre d'exercice.

Voici quelques thmes Žconomiques, volontairement non classŽs ni hiŽrarchisŽs, moissonnŽs au hasard. Ils sont proposŽs pour stimuler la "phase de libertŽ chaotique" nŽcessaire ˆ toute crŽativitŽ, et prolonger Žventuellement la rŽflexion ˆ propos de cet axe du travail des ch™meurs sur une rŽgulation de l'Žconomie. Ces ŽlŽments ne sont donc pas lˆ pour une approche de nature dialectique longue ni une analyse critique complte.

Question : en quoi le ch™mage modifie ces thmes ?É Tous ces thmes citŽs en exemple, peuvent tre rŽenvisagŽs sur une base motivationnelle nouvelle des acteurs, n'en excluant aucun comme le fait la compŽtition ou la sŽlection, et ne rŽduisant pas l'exercice ˆ la simple motivation par l'argentÉ

THéMES : La conqute de l'Europe par les firmes multinationales. Les entreprises au cÏur dÕindustries mondialisŽes. Le Pouvoir et la Monnaie. Les Grandes ThŽories ƒconomiques. Les ThŽories de la Valeur. RŽmunŽration & RŽpartition des Revenus. ThŽories du Ch™mage. ThŽorie gŽnŽrale de lÕEmploi, de lÕIntŽrt, et de la Monnaie. Mystres de lÕInflation. LÕentreprise compŽtitive du futur. ProductivitŽ. RentabilitŽ. Profit. Capital versus travail. L'absence de croissance. LibŽralisme. L'effondrement du systme capitaliste. La mondialisation. Les progrs technologiques. La manire diffŽrente de gŽrer les emplois dans les entreprises. Les ch™mages conjoncturel et structurel. Les dŽlocalisations et la crainte pour nos Žconomies de voir le ch™mage se dŽvelopper au fur et ˆ mesure qu'elles ont lieu (Le textile en a fait l'amre expŽrience. Cas Hoover qui a fermŽ son usine dans l'Est de la France pour s'installer en ƒcosse o la main d'Ïuvre est moins chre). La faiblesse de l'investissement dans les annŽes rŽcentes qui s'est accompagnŽe d'une moindre substitution du capital au travail. Les financements publics. Les dispositifs publics de prŽretraite et l'allocation de remplacement pour l'emploi (arpe). Les salariŽs au smic. Les aides ˆ l'emploi. Les contrats initiative emploi. L'exonŽration de cotisations patronales pour l'embauche d'un premier salariŽ. AllŽgements de charges sur les bas salaires. Loi Robien. Aspects sectoriels de l'Žconomie. Les chauffeurs routiers. L'emploi dans la construction. Emploi et ch™mage par famille professionnelle. Sortir du ch™mage : des chances inŽgales selon le contexte local. Prochain dŽfi, ou prolongements d'un dŽrglement ? L'Internet professionnel. La nouvelle ŽconomieÉ Etc.

 

7 Il existe une tendance possible vers un Žlargissement des bŽnŽficiaires potentiels de ces stock options. Mais cet outil ne restera-t-il pas toujours suspect ? De plus l'Žvolution de la fiscalitŽ, finira-t-elle par tenir compte d'un ŽlŽment essentiel de la libŽration des forces vives : leur MOTIVATION. En finissant de menacer les salariŽs, auxquels elle cherche ˆ reprendre ce qu'on leur donne par ailleurs. Ainsi qu'aux ch™meurs qui partent Žventuellement avec ce maigre pactole pour leur traversŽe du dŽsert. (Excluons de notre raisonnement les grands patrons ayant ˆ c™tŽ un patrimoine personnel important). Que reprŽsentent par exemple trois cent mille francs sur parfois cinq, dix ans de ch™mage ? Le smic, ou bien moins !É Il faut toujours envisager qu'un salariŽ licenciŽ ne sait jamais pendant combien de temps il devra survivre.

Nous pouvons nous demander ce qui, dans le fond, rŽvulse l'opinion ˆ propos de ces avantages ? Est-ce leur montant ? Le fait qu'ils soient exonŽrŽs d'imp™t ? Ou bien que tous les salariŽs ne puissent en profiter, au prorata de leur salaire ? Que les salariŽs ayant ˆ payer des imp™ts sur des maigres revenus se sentent flouŽs par l'astuce de plus malins qu'eux ? Que les sommes versŽes lors d'un licenciement soient si frustres, et restent imposables, tandis que certains avantages sont exonŽrŽs ?É

La revendication syndicale au lieu de toujours prendre comme cheval de bataille la hausse des salaires, ne devrait-elle pas Žvoluer et s'attaque enfin ˆ l'imp™t sur les personnes physiques ? Ne serait-ce pas un combat plus moderne et plus efficace pour dŽfendre l'emploi ?ÉAu-delˆ de l'aspect provocateur de ces propos, n'y a-t-il pas une large part de bon sens ?

[8] Ou le nationalisme exacerbŽ des groupes sŽparatifs ou racistes.

12 Entre ces comportements extrmes de rŽaction saine des masses d'une part, et d'expression un peu plus dŽmocratique d'autre part, s'insinuent Žgalement des groupes de pensŽe ˆ l'enseigne trs "honorable", mais particulirement nocifs et contagieux. Par exemple ceux qui pr™nent cyniquement l'abandon des "exclus irrŽcupŽrables", au nom de la responsabilitŽ individuelle. Ils louent en fait une fausse notion d'individualitŽ qui dŽguise leur propre orgueil sŽparatif, et leur Žgo•sme aux atours de "Supercivisme". Ces soi-disant penseurs ne sont pas bien ŽloignŽs de l'esprit des inquisiteurs du moyen ‰ge. Leur logique poussŽe ˆ l'extrme conduirait ˆ des situations semblables ˆ celles des mouroirs de Calcutta ! Leur analyse part toujours d'un postulat erronŽ : la toute puissance de l'argent. Lorsque l'opinion n'y prend pas garde, leurs arguments convaincants, prŽsentŽs rationnellement (bien qu'avec beaucoup de violence sous-jacente) peuvent renforcer rapidement les sentiments de type raciste, bien qu'aucune couleur de peau ni aucune religion ne soit concernŽe.

[10] Il est intŽressant par exemple pour prendre un peu de recul par rapport ˆ l'agitation moderne, de lire les ouvrages philosophiques des annŽes 50-60, d'AndrŽ Karquel, dont les titres parlent d'eux-mmes : EUROPE, HUMAINE AVENTURE (ƒditions P. Clairac, 1954) ; L'HOMME Ë LA MESURE DE NOTRE TEMPS (Ed. SŽsame, 1955) ; PRƒMICES D'UNE CIVILISATION NOUVELLE, MŽditerranŽe et Eurafrique (Ed. Debresse, 1965).

Ou encore, L'AVENIR EN DƒSARROI, de Maurice Druon (Ed. Plon, 1968), et moins ancien : RŽformer la dŽmocratie (Ed. Plon, 1982).